Alors que des montants du budget 2026 circulent sur les réseaux sociaux, suscitant critiques et soupçons, un examen des documents budgétaires officiels permet de distinguer les faits des interprétations. Présidence, Conseil national de transition, Primature, secteurs sociaux et dépenses sécuritaires : décryptage des principaux chiffres de la Loi des finances 2026.
Les données issues de la loi de finances 2026, adoptée début décembre par le Conseil national de transition (CNT), confirment une augmentation des crédits alloués à trois institutions clés de l’exécutif et du législatif par rapport à la loi de finances rectificative 2025.
- Présidence de la République :15,672 milliards FCFA en 2025 contre 17,407 milliards FCFA en 2026, soit une hausse de 1,735 milliard FCFA.
- Conseil national de transition (CNT) : 11,451 milliards FCFA en 2025, portés à 13,620 milliards FCFA en 2026, soit une hausse de 2,169 milliards FCFA.
- Primature :12,803 milliards FCFA en 2025 contre 14,413 milliards FCFA en 2026, soit une augmentation de 1,610 milliard FCFA.
Une augmentation qui ne concerne pas uniquement les institutions politiques
Contrairement à une idée répandue sur les réseaux sociaux, la hausse des crédits en 2026 ne se limite pas à la Présidence, au CNT et à la Primature. Le budget de l’État prévoit des ajustements multiples, à la hausse comme à la baisse, touchant de nombreux ministères et services.
Le secteur de la Santé est le principal bénéficiaire de ces augmentations. Son budget atteint 206,333 milliards FCFA en 2026, soit une progression de plus de 61 milliards FCFA par rapport à 2025. Une évolution qui traduit la volonté de renforcer un système de santé sous pression.
Le ministère de l’Administration territoriale enregistre également une hausse notable, avec une enveloppe de 101,129 milliards FCFA, contre 80,155 milliards FCFA l’année précédente, soit environ 21 milliards FCFA supplémentaires. Cette augmentation est liée aux choix opérés en matière de gouvernance locale et de gestion administrative du territoire, dans un contexte d’opérationnalisation des nouvelles régions administratives.
Défense et Sécurité : des crédits en recul malgré la guerre contre le terrorisme
Autre point qui suscite souvent des controverses : l’évolution des dépenses consacrées à la Défense et à la Sécurité. Les chiffres officiels indiquent une baisse des crédits par rapport à 2025.
- Défense : 527 milliards FCFA en 2025 contre 516 milliards FCFA en 2026, soit une diminution de 11 milliards FCFA.
- Sécurité : les crédits passent à 376 milliards FCFA en 2026, en recul estimé à près de 129 milliards FCFA par rapport à l’année passée.
Pour l’économiste Modibo Mao Makalou, ces données contredisent l’idée d’un renforcement systématique des moyens financiers en faveur des autorités militaires. Elles reflètent plutôt, selon lui, des arbitrages budgétaires dictés par les capacités financières de l’État et les priorités conjoncturelles .
Les budgets sociaux en progression
Les secteurs sociaux connaissent aussi une évolution à la hausse. Les dépenses sociales prioritaires, incluant la santé et l’éducation, passent de 686 milliards FCFA en 2025 à 763,5 milliards FCFA en 2026, soit une augmentation de 77,5 milliards FCFA.
Cette progression s’explique, selon Modibo Mao Makalou, par des facteurs structurels : croissance démographique, pression accrue sur les services publics et hausse des coûts de fonctionnement, plutôt que par un changement radical de politique sociale.
