Dans un contexte marqué par la désinformation, les discours haineux et les crises multiformes, l’éducation aux médias apparaît comme un outil essentiel pour renforcer le vivre-ensemble au Mali.
En septembre 2025, le site Maliweb rapportait que de fausses informations avaient semé la méfiance au sein des populations à Tombouctou – contribuant à fragiliser la cohabitation pacifique. Ces incidents sont loin d’être isolés. Dans différentes parties du Mali, rumeurs, fausses informations et discours de haine continuent d’alimenter les tensions sociales et de troubler la paix.
Face à cette réalité, une question s’impose : et si l’éducation aux médias devenait un outil central pour renforcer la cohésion sociale au Mali ?
Comprendre, analyser, agir face à l’information
Selon un manuel de la DW Akademie, organisation allemande spécialisée dans le renforcement des médias, l’éducation aux médias et à l’information « vise à donner la capacité de tirer pleinement profit de nombreux types de médias ». Elle repose sur un ensemble de compétences permettant d’accéder à l’information, de l’analyser de manière critique, de produire des contenus, de réfléchir aux messages existants et d’agir de façon responsable avec les médias.
Les personnes formées à ces compétences sont ainsi mieux armées pour comprendre des messages complexes issus de la presse écrite, de la radio, de la télévision, d’Internet, des réseaux sociaux ou encore des plateformes numériques, mais aussi pour produire elles-mêmes des contenus médiatiques.
Pour Bamadio Tidiane, journaliste et formateur, l’éducation aux médias mobilise des compétences citoyennes fondamentales, notamment la capacité à analyser, vérifier et comprendre une information avant d’y croire ou de la partager. « Une population bien informée s’implique davantage dans les débats publics et les processus démocratiques », souligne-t-il.
Le citoyen au cœur d’une paix durable
Dans un contexte malien marqué par des crises multiformes, la cohésion sociale est plus que jamais un enjeu vital. Jeune engagée, Djelika Traoré a bénéficié d’une formation en éducation aux médias grâce à l’ONG Search for Commun Ground. Elle témoigne que la formation sur l’éducation aux médias lui a permis de mieux comprendre, comment les informations, les images et même les contenus partagés en ligne peuvent renforcer ou fragiliser la cohésion sociale. « Les médias ne se résument plus à la télévision ou à la radio car les smartphones, les réseaux sociaux et les plates-formes numériques sont devenus des acteurs puissants », observe-t-elle.
Un constat partagé par Bamadio Tidiane, qui déplore le fait qu’aujourd’hui, chacun puisse devenir producteur et diffuseur d’informations, souvent sans repères ni formation. En période de crise, cette situation favorise la propagation rapide de fausses informations et de discours haineux.
Pour le sociologue Amadou Diarra, les médias, en particulier les réseaux sociaux, influencent les comportements, les perceptions et parfois des conflits. Il précise qu’une rumeur mal interprétée ou un propos haineux peut facilement enflammer des tensions communautaires.
La cohésion sociale repose avant tout sur le vivre-ensemble harmonieux. Pour Djelika Traoré, elle implique le partage de valeurs communes et de règles garantissant la paix, la solidarité et le sentiment d’appartenance à une même communauté. Les médias jouent à ce titre un rôle déterminant à travers les contenus qu’ils diffusent.
Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les médias. Les citoyens doivent également être capables de décrypter les messages, d’en comprendre les enjeux sociaux et d’exercer leur esprit critique. « C’est là que l’éducation aux médias prend tout son sens, notamment dans des contextes où les tensions sont fortes », insiste Amadou Diarra.
« Éduquer aux médias contribue à désamorcer les conflits, à promouvoir la cohésion sociale et à lutter contre les discours extrémistes », affirme Bamadio Tidiane. Selon lui, lorsque les citoyens savent identifier la désinformation et les discours haineux, ils participent activement à la construction d’une société plus paisible et solidaire.
Un enjeu encore marginalisé au Mali
L’éducation aux médias constitue un levier important pour déconstruire les préjugés, apaiser les tensions et encourager une citoyenneté responsable. Pourtant, au Mali, son déploiement reste limité. L’implication encore insuffisante des médias traditionnels — radios et télévisions — ainsi que des leaders communautaires freine son appropriation par le plus grand nombre.
Sur le plan institutionnel, cette éducation est quasi absente des programmes scolaires, alors même que les jeunes, qui représentent près de la moitié de la population malienne selon l’Institut national de la statistique (INSTAT), sont particulièrement vulnérables aux contenus en ligne. À cela s’ajoutent les résistances culturelles et le faible taux d’alphabétisation, qui constituent des obstacles majeurs à la compréhension et à l’appropriation du concept.
Dans un environnement médiatique marqué par la prolifération de la désinformation, ces limites fragilisent la capacité des citoyens à développer un esprit critique. Intégrer l’éducation aux médias dans les stratégies nationales d’éducation, de paix et de cohésion sociale apparaît dès lors comme une nécessité. Car une population bien informée est mieux armée pour résister aux divisions et, surtout, pour construire une paix durable.
