In memoriam: Dr Moussa Sissoko, un grand ami qui m’a quittée mais qui n’est pas parti
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In memoriam: Dr Moussa Sissoko, un grand ami qui m’a quittée mais qui n’est pas parti

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis». La poésie de Birago Diop a pris tout son sens pour moi.  

« Mort » est le mot qu’aucun d’entre nous ne veut prononcer dans la même phrase que le nom d’un être cher. Parce qu’il nous donne l’impression qu’ils sont partis et que nous ne les verrons ni ne les sentirons jamais. Pourtant, nos proches, en particulier ceux qui nous ont inspirés, motivés et soutenus restent à jamais. Ils restent dans notre cœur, dans nos souvenirs, dans nos actions et, surtout, dans la façon dont ils nous ont construits. C’est particulièrement vrai pour l’un des plus grands hommes qui a changé des milliers de vies, Dr Moussa Sissoko.

C’est une volontaire du Corps de la paix américaine qui m’a parlé, pour la première fois, du Dr Sissoko. Lorsque je lui ai dit que je ne le connaissais pas, elle était tellement surprise, déconcertée et déçue que ses yeux se sont écarquillés. J’ai eu honte de ne pas le connaître. Elle l’a loué et m’a dit à quel point le Dr Moussa était intelligent et compétent! Son admiration et son respect pour lui m’ont donné envie de le rencontrer. J’ai donc aspiré le connaître, et j’ai fait un vœu. Trois ans plus tard, le premier jour de mes cours de master en 2013 à l’École normale supérieure de Bamako, j’ai finalement rencontré le grand Dr Sissoko.

Un enseignant passionné aux multiples amours 

Lors du premier cours, j’ai compris pourquoi tant de gens l’admiraient et le respectaient. Et je finirai par le vénérer. Mon admiration pour lui a été immédiate. Et grâce à notre interaction, j’ai su qu’il m’aappréciait profondément. Comment l’ai-je su ? Eh bien, en tant qu’enseignant, il deviendra mon mentor, mon conseiller, mon guide, mais surtout, il sera mon ami. Je l’ai admiré non seulement pour son intellect, ses connaissances, mais aussi pour son humilité et sa gentillesse. Pendant les douze courtes années où j’ai eu la chance de l’avoir dans ma vie, je ne l’ai jamais vu sans un sourire et un comportement calme.

Nous avions tendance à appeler les professeurs par la matière qu’ils enseignent. Dans son cas, cela aurait été American Studies. Mais je ne sais pas pourquoi ni comment personne ne l’appelait ainsi. Il a toujours été le Dr Sissoko pour tous les étudiants qui l’ont connu, et le Dr Moussa pour ses collègues. Pour moi, il était toujours « sir », et il signait toujours ses SMS par « your sir ». Lui et moi avions compris qu’il ne s’agissait pas d’un signe de respect ou de courtoisie, mais d’un signe d’adoration, d’admiration et de respect pour son intellect, son être tout entier et, par-dessus tout, mon admiration le plus profond pour lui. Aujourd’hui, je ne pleure pas mon « sir », mais je célèbre sa belle vie en partageant ses leçons que je prierai toujours de suivre, car ne pas le faire, c’est le trahir.

La connaissance est embaumée de patience et d’humilité. Les diplômes de master et de doctorat qu’il détenait n’étaient pas des preuves de son savoir, mais plutôt des certifications. Dans ses cours, on pouvait facilement voir qu’il maîtrisait son sujet et il offrait une analyse savante de la société américaine et de ses modes de vie. Pourtant, il était ouvert à la pensée critique, aux débats et aux contributions des étudiants. C’était le professeur qui passait plus de 90 % de son temps à faire face aux élèves et à discuter au lieu d’« enseigner ». Plus particulièrement, après les deux premiers cours, le Dr Sissoko laissait les étudiants prendre le contrôle de la classe. Nous faisions des recherches et les présentions à nos camarades, et il n’intervenait que pour corriger certaines informations.

Passion et dévouement

Bien qu’il habite loin de l’école et dans une partie de la ville où la circulation est dense, le Dr Sissoko arrivait à l’école avant la plupart d’entre nous. Être à l’heure était l’une de ses qualités. En classe, sa prestance et la clarté avec laquelle il transmettait son savoir absorbaient tout notre être et nous rendaient encore plus désireux d’écouter. Il était le professeur dont on ne se lassait pas d’ecouter. En témoigne le fait que nombre de ses élèves finiront par suivre le même parcours académique que lui, y compris des doctorats.

Lorsque nous avons créé l’English Practice Club, mes amis et moi avons immédiatement pensé à lui en tant que parrain. Il se consacrera à ce rôle pendant six ans et, surtout, le remplira avec amour. Cela m’a permis de passer plus de temps et d’apprendre de mon ami bien-aimé. Depuis les quelques années que je le connais et que j’interagis avec lui, il est devenu un phare, et il jouera même un rôle crucial dans ma vie personnelle.

Il a été la première personne à qui j’ai fait appel lorsque j’ai traversé un grave épisode de dépression. Il passait des heures à m’écouter, m’encourageait de temps en temps, souriait et riait quand il le fallait. Son rire apaisant lors de nos rencontres m’incitait toujours à faire des blagues juste pour l’entendre rire.

Aujourd’hui, je n’ai pas seulement perdu la chance de lui tenir la main, de voir son rire et son sourire sincères, mais aussi la lumière dans ses yeux qui témoignait de son amour pour moi. À partir d’aujourd’hui, je me souviendrai et je ressentirai au plus profond de mon cœur la chaleur d’un être humain qui s’est donné sans compter et qui était d’une grande gentillesse.

Ceci est mon hommage à un grand ami, mon « sir » qui m’a quittée, mais qui n’est pas parti.

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