Telegram séduit par sa rapidité et sa confidentialité. Mais derrière cette apparence de sécurité, cette application est devenue un refuge pour les fake news, les arnaques et les bots espions.
1. Des groupes secrets où tout circule
Sur Telegram, des groupes peuvent accueillir jusqu’à 200 000 membres.
Ces espaces fermés, souvent non modérés, sont devenus des foyers de diffusion de rumeurs et de contenus trompeurs. Selon Democracy in Africa, plus de 60 % des campagnes de désinformation visant l’Afrique passent désormais par des messageries chiffrées comme Telegram ou WhatsApp.
Au Mali, plusieurs intox — images de guerre détournées, fausses alertes ou messages haineux — ont d’abord circulé sur Telegram avant d’être relayées sur d’autres réseaux sociaux comme Facebook ou TikTok. « J’ai intégré un groupe d’informations sur Telegram. Le nom semblait sérieux, mais j’y ai découvert des images choquantes et des publications à caractère sexuel. Le plus inquiétant, c’est que le groupe s’agrandissait chaque jour », témoigne Sidi, 23 ans, étudiant à Bamako.
2 Des arnaques bien emballées
À côté de ces dérives informationnelles, Telegram est devenu un terrain fertile pour les escroqueries. Fausses offres d’emploi, investissements frauduleux en cryptomonnaies ou concours fictifs pullulent. D’après la société de cybersécurité Kaspersky, les fraudes liées à Telegram ont augmenté de 80 % en un an. Beaucoup d’escrocs utilisent de faux profils pour soutirer de l’argent ou récolter des données personnelles.
3. Les « pièges à clics»
Certains bots sur Telegram — programmes automatisés — invitent à « valider [votre] compte », « gagner un cadeau » ou « vérifier [votre] identité ». En réalité, ces programmes peuvent accéder à vos fichiers, vos photos ou votre carnet d’adresses, surtout si vous leur donnez l’autorisation d’interagir avec votre compte. Une fois activés, ils collectent les données personnelles sans votre accord : nom, numéro, contacts, voire messages.
Et derrière un simple clic, vous pouvez y perdre beaucoup : intimité, argent ou identité numérique.
Une modération limitée et opaque
Grâce à son système de chiffrement, Telegram échappe en grande partie à la modération. Certes, la plateforme affirme supprimer certains contenus illégaux notamment liés au terrorisme, à la pédopornographie ou aux arnaques signalées. Mais son système de contrôle reste peu transparent, et les outils de fact-checking y sont quasi inexistants.
Résultat : la plateforme héberge également des contenus extrémistes, du chantage sexuel, du harcèlement ou des trafics variés, sans réel encadrement.
Les bons réflexes à adopter
Pour Moussa Minta, ingénieur en cybersécurité chez Cantic, cette illusion de sécurité repose sur une incompréhension : « Beaucoup de jeunes pensent être protégés simplement parce que les messages sont chiffrés. C’est une erreur. Sur Telegram, les arnaques sont souvent plus discrètes et donc plus difficiles à détecter. »
L’expert recommande plusieurs gestes simples :
- Activer la vérification en deux étapes ;
- Éviter les groupes promettant gains rapides ou cadeaux ;
- Ne jamais cliquer sur un lien d’inconnu ;
- Désactiver l’ajout automatique aux groupes dans tes paramètres ;
- Cacher son numéro de téléphone et sa photo de profils aux inconnus ;
- Supprimer tout bot suspect ;
Privilégier un pseudonyme à son véritable nom ;
Telegram reste un outil puissant de communication, notamment pour les communautés restreintes et les militants. Mais sans esprit critique, nul n’est réellement à l’abri.
