Transition au Mali : comprendre en 10 points clés
article comment count is: 0

Transition au Mali : comprendre en 10 points clés

Depuis les coups d’État d’août 2020 et de mai 2021, le Mali est engagé dans une transition politique marquée par des réformes institutionnelles, des changements dans sa politique régionale et des reports successifs des élections. Voici dix faits essentiels pour comprendre cette période.   

1 – Deux coups d’État ont ouvert la période de transition

Le 18 août 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé après plusieurs mois de contestation politique et sociale. Le pays faisait alors face à une dégradation de la situation sécuritaire, à une crise de légitimité des élus et à des difficultés économiques.

En mai 2021, un second coup de force installe Assimi Goïta à la tête de la transition. Depuis, les autorités de transition affirment vouloir restaurer la sécurité, réformer l’État et préparer un retour à l’ordre constitutionnel.

2 – Les élections ont été reportées à plusieurs reprises

La transition devait initialement conduire à des élections présidentielles et législatives, suivies de l’installation d’institutions élues. Mais les échéances annoncées ont été repoussées à plusieurs reprises.

Les autorités évoquent des contraintes sécuritaires, techniques et administratives, ainsi que la nécessité de réorganiser l’État avant de retourner aux urnes. Leurs critiques estiment que ces reports prolongent l’incertitude politique et retardent le retour à une alternance électorale.

3 – Une nouvelle constitution a redéfini les institutions

Adoptée par référendum le 18 juin 2023 puis promulguée en juillet de la même année, la nouvelle constitution est présentée par les autorités comme l’un des piliers de la refondation. Elle modifie l’organisation institutionnelle du pays, renforce certaines prérogatives de l’exécutif et affirme davantage les notions de souveraineté et de défense des intérêts nationaux.

« La Constitution de 2023 renforce surtout le rôle du président : il détermine désormais la politique de la Nation, alors que sous la constitution de 1992, cette responsabilité revenait au gouvernement. Elle instaure aussi un parlement à deux chambres, avec un sénat, et crée une cour des comptes pour mieux contrôler les finances publiques. Elle modifie enfin le statut du français, devenu langue de travail, tandis que les langues nationales sont reconnues comme langues officielles. », souligne Souleymane Maïga, juriste.

Pour ses défenseurs, elle doit permettre un État plus stable et plus efficace. Pour ses détracteurs, elle ne répond pas entièrement aux interrogations sur l’équilibre des pouvoirs et le retour effectif à des institutions élues.

4 – L’AES a redéfini les partenariats régionaux du Mali

Le Mali a créé l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023. D’abord axée sur la défense et la sécurité, elle est devenue une confédération en juillet 2024. Le retrait des trois pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est effectif depuis le 29 janvier 2025.

L’AES traduit une volonté de souveraineté, de coopération renforcée et de repositionnement diplomatique. Les trois États cherchent à s’éloigner de certains partenaires occidentaux traditionnels et à diversifier leurs relations avec des pays comme la Russie, la Chine ou la Turquie. Pour les autorités, il s’agit d’un choix stratégique ; pour ses critiques, cette orientation interroge l’avenir de l’intégration ouest-africaine et de la libre circulation.

5 – Les Assises nationales ont proposé une refondation politique

Les Assises nationales de la refondation (ANR) ont relancé le débat sur le fonctionnement du système politique malien. Plusieurs recommandations ont porté sur la réduction du nombre de partis politiques, le durcissement des conditions de leur création et la réforme de leur financement.

Les partisans de ces mesures estiment que le paysage politique était devenu trop fragmenté et peu lisible pour les citoyens. D’autres y voient un risque pour le pluralisme et la diversité des opinions dans le débat public.

6 – Les partis politiques ont été suspendus puis dissous

En 2024, les activités des partis politiques et des associations à caractère politique ont été suspendues pendant plusieurs mois. Les autorités ont expliqué cette décision par la nécessité de réformer le système partisan.

En mai 2025, les partis politiques et les organisations à caractère politique ont ensuite été dissous. Cette décision a profondément modifié la vie politique nationale et a suscité des réactions contrastées chez les acteurs politiques, les organisations de défense des droits humains et plusieurs observateurs. Des recours ont également été engagés devant la justice malienne.

7 – Le débat public est devenu plus sensible

Depuis le début de la transition, les prises de parole sur les questions politiques, institutionnelles et sécuritaires se font dans un contexte plus délicat. Des journalistes, militants, responsables politiques et acteurs de la société civile ont été concernés, dans certains cas, par des convocations ou des procédures liées à leurs déclarations.

Les tribunaux ont souvent invoqué notamment la loi sur la cybercriminalité pour sanctionner la diffusion en ligne de contenus jugés mensongers, injurieux, haineux ou susceptibles de troubler l’ordre public. Elles mettent également en avant la lutte contre la désinformation, les discours de haine et les appels à la violence.

8 – L’insécurité demeure au cœur des priorités de la transition

Dans plusieurs régions, les populations continuent de subir les conséquences des attaques armées, des déplacements forcés et des tensions communautaires.

Le contexte sécuritaire demeure en effet marqué par la persistance des attaques armées, des tensions dans le nord et le centre du pays, ainsi que par les capacités de nuisance des groupes jihadistes. Ces derniers ont notamment cherché à perturber les axes routiers, l’approvisionnement en carburant et les activités économiques, y compris autour de Bamako. Dans le nord, les affrontements et recompositions entre groupes armés alimentent également l’incertitude.

9 – La transition est née d’une forte demande de changement

Au moment des coups d’État, une partie de la population exprimait une profonde déception envers les gouvernements précédents. L’insécurité, la corruption, les difficultés économiques et la faiblesse des services publics avaient nourri une défiance importante envers la classe politique.

Pour beaucoup, le changement attendu ne concernait pas seulement les dirigeants, mais aussi la manière de gouverner, de rendre des comptes et de répondre aux besoins des citoyens. Cette attente demeure forte, même si les opinions sur la transition sont aujourd’hui diverses.

10 – L’absence d’un calendrier électoral définitif

L’absence d’un calendrier électoral définitif entretient les interrogations sur la suite du processus politique. Dans ce contexte, des mouvements d’opposition se structurent également, notamment depuis l’étranger, autour de responsables politiques et d’acteurs de la société civile en exil qui appellent à un retour à l’ordre constitutionnel et à l’organisation d’élections.

Le Mali doit aujourd’hui répondre à une équation difficile : restaurer la sécurité, réformer l’État, répondre aux attentes sociales et garantir aux citoyens une participation réelle à la vie publique.

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion