Filière cuir et peau : Imat fait de la résistance
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Filière cuir et peau : Imat fait de la résistance

L’Industrie malienne de tannerie (Imat), la seule encore active, exporte ses peaux d’ovins et de caprins vers l’Asie et l’Europe. Confrontée à des défis d’approvisionnement, de modernisation et à l’impact du Covid-19, l’entreprise mise sur l’innovation pour conquérir de nouveaux marchés.

Sous un hangar poussiéreux de Bamako, l’odeur des peaux tannées emplit l’air. L’Industrie malienne de tannerie (Imat) est aujourd’hui la seule encore en activité au Mali. L’irruption de la pandémie de Covid-19 a entrainé la fermeture des six autres du secteur.

L’entreprise spécialisée dans les peaux d’ovins et de caprins exporte 100 % de sa production vers des marchés internationaux comme l’Inde, la Chine, l’Espagne et le Pakistan. Mais derrière ce succès apparent, les défis sont nombreux : approvisionnement, manque d’équipements modernes et nécessité d’innovation.

Approvisionnement sous tension

Fondée il y a plus de quinze ans, Imat est reprise par Cheick Oumar Sidibé des mains de son père il y a trois ans. Ce diplômé en administration des affaires avait d’abord créé La Malienne des peaux et des cuirs.

Avec une production mensuelle oscillant entre 150 000 et 200 000 peaux, principalement de chèvres (70 %) et de moutons (30 à 40 %), Imat s’impose comme un acteur incontournable du commerce régional. « Nous exportons 100 % de nos produits, principalement vers des industries en Inde, en Chine, en Espagne et au Pakistan », explique Cheick Oumar Sidibé. Cette orientation vers l’exportation reflète une dynamique observée dans d’autres secteurs maliens, comme celui de l’artisanat, où la qualité des produits locaux attire sur le plan international.

Pour répondre à la demande croissante, Imat s’approvisionne non seulement auprès des abattoirs maliens, mais aussi dans des pays voisins comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana. « La production locale ne suffit pas, alors nous collaborons avec des fournisseurs régionaux », précise Cheick Oumar Sidibé. Cependant, la qualité des peaux reste un défi majeur. Les maladies comme la gale, les taches ou les perforations affectent la valeur des peaux, particulièrement pendant la saison des pluies.

Un processus compétitif mais limité

Le processus de tannage chez Imat est bien rodé. Les peaux fraîches, salées pour la conservation, passent par un tannage de six jours pour devenir du wet blue, une étape intermédiaire avant d’éventuelles finitions. Mais l’entreprise s’arrête là, faute d’équipements modernes. « Nous manquons de machines pour aller jusqu’au finissage », regrette Sidibé. Avec un coût de traitement d’environ 500 francs CFA par peau, Imat reste compétitive. Ce défi d’équipement n’est pas sans rappeler les obstacles rencontrés par les petites entreprises maliennes, souvent freinées par un manque d’accès aux financements pour moderniser leurs outils.

La pandémie de Covid-19 a profondément marqué le secteur, entraînant la fermeture des six autres tanneries maliennes. « Nous sommes désormais les seuls à opérer ». L’approvisionnement en produits chimiques, importés d’Espagne et de Chine, constitue un autre goulot d’étranglement en raison des délais de livraison. Pourtant, Imat bénéficie d’une réglementation souple, sans restriction spécifiques sur les espèces commercialisées et d’une absence de concurrence locale.

Pour Cheick Oumar Sidibé, l’avenir passe par l’innovation. Investir dans des équipements modernes permettrait de produire des peaux finies, répondant aux standards internationaux, notamment pour des marchés asiatiques en forte demande. Lors d’une visite de la tannerie, Abdoul Majid, un partenaire indien, souligne le potentiel du Mali : « Il n’y a aucune raison qu’Imat ne fasse pas sa place sur le marché international. » Cependant, son collègue Mohamed Iqbal pointe : « Les employés doivent adopter de nouvelles techniques pour répondre aux standards mondiaux. »

Imat collabore avec des fournisseurs régionaux, en payant des taxes environnementales liées au traitement des eaux usées, géré par l’Agence de gestion des eaux usées (AGCM). Avec 150 employés, l’entreprise soutient l’emploi, bien que Sidibé déplore un manque de motivation de ses équipes. Ce défi d’engagement des travailleurs reflète un problème plus large dans le marché de l’emploi malien où la formation et la motivation restent des enjeux majeurs.

L’entreprise se tourne vers l’Asie, où la demande pour les peaux d’ovins reste forte. Mais pour conquérir pleinement ces marchés, elle devra relever le défi de la modernisation et répondre aux standards internationaux. Pour Cheick Oumar Sidibé, l’avenir du commerce des peaux au Mali repose sur l’innovation et l’accès à de nouveaux équipements. Une ambition qui pourrait redonner un souffle nouveau à cette industrie traditionnelle.

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