
Le 22 septembre 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé leur retrait immédiat de la Cour pénale internationale (CPI). Le communiqué a été signé par le Président de transition, général Assimi Goita, et lu à la télévision nationale (ORTM).
Les gouvernements de ces pays dénoncent une justice internationale « sélective » et « néocoloniale », ciblant principalement les dirigeants africains.
Qu’est-ce que la CPI ?
La Cour pénale internationale (CPI) est une juridiction permanente basée à La Haye, créée en 1998 par le Statut de Rome, entré en vigueur en 2002. Elle poursuit les crimes les plus graves : génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crime d’agression depuis 2010.
En 2025, plus de 120 États sont parties au Statut de Rome, dont une trentaine en Afrique. Le 22 septembre 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé leur retrait immédiat de la CPI. Ces pays dénoncent une justice internationale perçue comme « sélective » et « néocoloniale », visant principalement les dirigeants africains.
Par le passé, des ressortissants maliens ont été jugés par la Cour. Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, ancien chef de la police islamique de Tombouctou, a été poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés à l’occupation du nord du Mali par les groupes dits djihadistes en 2012.
Les pays de l’AES justifient leur retrait par la volonté de défendre leur souveraineté judiciaire et de privilégier des « mécanismes endogènes » de justice. Selon l’article 127 du Statut de Rome, un retrait prend normalement effet un an après notification. Les pays de l’AES revendiquent cependant un retrait immédiat, créant un débat juridique sur la validité des affaires en cours et sur la capacité de la CPI à poursuivre les enquêtes pour les crimes commis avant le retrait.
Ce retrait suscite des critiques concernant le risque de vide juridique si la justice nationale est insuffisante, la perte pour certaines victimes d’une voie de recours internationale et l’affaiblissement de la coopération judiciaire avec d’autres États et organisations.
La critique selon laquelle la CPI ne ciblerait que des dirigeants africains est souvent avancée. Toutefois, la Cour a également émis des mandats d’arrêt contre d’autres chefs d’État en dehors du continent africain, notamment contre Vladimir Poutine, président de la Russie, pour la déportation illégale d’enfants ukrainiens, et plus récemment contre Benyamin Netanyahou, premier ministre israélien, en lien avec la guerre à Gaza. Reste néanmoins la question centrale de l’exécution de ces mandats : aucun mécanisme international contraignant n’existe pour forcer leur arrestation, qui dépend du bon vouloir des États membres.
Précédents en Afrique et au-delà
Le Burundi a été le premier pays à quitter la CPI en 2017, bien que les enquêtes aient continué sur les crimes commis depuis 2015. À ce jour, seul ce pays a effectivement quitté la CPI. L’Afrique du Sud avait annoncé son retrait en 2016, mais la Cour constitutionnelle du pays l’a annulé en 2017, estimant que la décision violait la Constitution du pays. Le Kenya aussi, en 2016 à la suite d’enquêtes sur les violences post-électorales de 2007-2008, mais n’a finalement pas mis ce retrait en œuvre. D’autres pays, aussi africains, comme la Gambie, la Namibie ou l’Ouganda avait évoqué l’éventualité d’un retrait.
En dehors du continent africain, l’exemple des Philippines est souvent cité : en 2019, l’ancien président Rodrigo Duterte avait retiré son pays de la CPI, dénonçant une ingérence étrangère. Il est aujourd’hui lui-même poursuivi par la Cour et détenu à La Haye pour crimes contre l’humanité liés à sa « guerre contre la drogue », une campagne marquée par des milliers d’exécutions extrajudiciaires.
Cette décision des pays de l’AES marque une étape symbolique dans le débat entre justice internationale et souveraineté nationale, et soulève des questions sur l’efficacité de la CPI en Afrique et sur le rôle des alternatives au niveau national.






