
Au Mali, les réseaux sociaux se sont imposés comme des sources majeures d’information, de débat et de mobilisation. Facebook, WhatsApp ou TikTok façonnent désormais l’opinion publique, souvent plus vite que les médias traditionnels. Mais ces espaces numériques sont aussi le terrain privilégié de la désinformation et des discours de haine, qui attisent les tensions dans un pays déjà fragilisé par des crises politiques et sécuritaires. Face à ces dérives, un collectif de jeunes a décidé de s’engager : ils se font appeler les « Cyber-gardiens ».
Leur objectif est clair : promouvoir une utilisation responsable des réseaux sociaux et contribuer à la paix en ligne. Composé de jeunes blogueurs, communicants et acteurs associatifs, le réseau mène des actions de sensibilisation contre les rumeurs, les fausses informations et les messages haineux. « On voit circuler beaucoup de fausses informations et de discours violents, parfois sans que les gens mesurent les conséquences. J’ai voulu apporter ma contribution pour assainir cet espace », résume Malick Sissoko, l’un de ses membres.
Ces derniers mois, le collectif a observé une recrudescence des propos haineux en ligne, notamment autour des débats liés à la transition. Les échanges entre partisans et opposants se sont durcis, chacun accusant l’autre d’être un « apatride » ou un traitre. Ces attaques verbales ont contribué à creuser les divisions au sein des communautés.
Former pour mieux résister à la désinformation
En réponse, les Cyber-gardiens ont lancé des campagnes axées sur les valeurs communes et le vivre-ensemble, aussi bien sur les réseaux sociaux, mais aussi dans des lieux très fréquentés comme les SOTRAMA, ces minibus emblématiques de Bamako. L’objectif : promouvoir un discours apaisé et rappeler que les mots partagés en ligne peuvent avoir des effets bien réels hors écran.
L’action des Cyber-gardiens a été renforcée par une formation sur la lutte contre la désinformation organisée par l’ONG Search for Common Ground. Les participants y ont appris les bases de la vérification des faits, les mécanismes de la manipulation de l’information et les principes de la communication non violente. « Nous avons compris qu’il ne faut pas répondre à un discours de haine par la colère, mais par des faits vérifiés et une communication calme », explique Afanou Kadidia, membre du réseau.
Sur le terrain, notamment en Commune VI de Bamako, les Cyber-gardiens organisent des causeries-débats dans les écoles, les quartiers et les grins. Plus de quarante élèves et une vingtaine de membres de grins ont déjà participé à ces échanges, centrés sur l’importance de vérifier les sources avant de partager une information.
Pour Mohamed Coulibaly, l’un des bénéficiaires, ces rencontres ont changé sa manière de s’informer. « Avant, on croyait tout ce qu’on voyait en ligne. Aujourd’hui, je sais que certaines informations sont fabriquées pour manipuler ou démoraliser », témoigne-t-il. Un constat partagé par Bakary Coulibaly, qui affirme désormais mesurer l’impact potentiel de chaque publication.
Des moyens limités, une détermination intacte
Malgré ces avancées, le collectif fait face à de nombreux obstacles, notamment la résistance de certains usagers, peu enclins à remettre en question leurs habitudes numériques, et le manque de moyens.
Les Cyber-gardiens appellent donc à davantage de soutien, de formations — notamment sur l’intelligence artificielle et les techniques avancées de fact-checking — et de visibilité. Leur message est simple : au Mali, la paix ne se construit pas seulement sur le terrain politique ou militaire, mais aussi en ligne.






