Mame Diarra Diop, une plume au chevet du journalisme malien
TikTok comme source d’information au Mali : quelles leçons pour la lutte contre la désinformation?
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En un an, la part des personnes interrogées citant TikTok comme principale source d’information est passée de 11,3 % à 19,7 %. La radio et la télévision restent devant, mais la progression de la plateforme vidéo, particulièrement marquée chez les jeunes, pose un nouveau défi pour la lutte contre la désinformation.

Les chiffres des deux dernières éditions du Mali-Mètre dessinent une évolution rapide. En 2025, la radio était citée comme principale source d’information sur l’actualité et la transition par 30,8 % des personnes interrogées, devant la télévision (22,0 %). TikTok arrivait à 11,3 %, devant le bouche-à-oreille (10,9 %), Facebook (9,6 %) et WhatsApp (6,4 %).

En 2026, la radio reste en tête avec 27,3 %, devant la télévision, à 21,6 %, et TikTok atteint 19,7 %. La plateforme gagne ainsi 8,4 points en un an. Facebook recule à 8,5 %, les sites internet atteignent 6,9 % et WhatsApp 4,8 %. Dans le Mali-Mètre 2026, TikTok se rapproche donc de la télévision, à moins de deux points. 

Un fort clivage générationnel

La transformation est particulièrement visible selon l’âge. Dans le Mali-Mètre 2025, TikTok était déjà la première source d’information déclarée chez les 18-24 ans, à 20,9 %, contre 17,8 % pour la radio et 16,1 % pour la télévision. Chez les personnes de 56 ans et plus, la radio dominait très largement, avec 55,0 %, devant la télévision (26,8 %).

Cette différence renvoie à des environnements informationnels différents. Pour une partie des jeunes, l’actualité peut apparaître au milieu de vidéos courtes, de témoignages, de commentaires, de divertissements et de contenus produits par des créateurs. Sur une plateforme où l’information, l’opinion et le divertissement se succèdent dans un même flux, l’identification de la nature et de la source d’un contenu peut devenir plus difficile.

Le Mali-Mètre 2026 fournit, sur un autre indicateur, un résultat qui mérite l’attention : 19,7 % des personnes interrogées déclarent avoir cru ou partagé, au cours de 2025, une information qui s’est révélée fausse. Cette proportion atteint 29,8 % chez les 18-24 ans, contre 19,9 % chez les 25-35 ans, 13,3 % chez les 36-55 ans et 10,2 % chez les 56 ans et plus.

Un phénomène malien, mais pas isolé

La progression de TikTok au Mali s’inscrit dans une évolution internationale de la consommation de l’information. Le Digital News Report 2025 du Reuters Institute indique que 17 % de son échantillon international utilisent TikTok pour s’informer chaque semaine. Le taux atteint 49 % en Thaïlande, 48 % en Malaisie et 40 % au Kenya, contre 12 % aux États-Unis et 11 % en Europe.

Le point commun est clair : la vidéo et les réseaux sociaux prennent une place croissante dans l’accès aux nouvelles. Selon le Reuters Institute, TikTok est le réseau social et vidéo qui connaît la progression la plus rapide pour l’information dans son échantillon. La consommation de vidéos sociales pour s’informer est passée de 52 % en 2020 à 65 % en 2025.

La différence ne tient donc pas seulement au passage de la radio ou de la télévision vers le téléphone. Elle concerne aussi la manière dont les contenus sont sélectionnés et présentés. À la radio, l’auditeur choisit une station et reçoit une programmation éditorialisée. Sur TikTok, le fil est personnalisé et les vidéos se succèdent rapidement, avec des contenus d’information, d’opinion, de publicité et de divertissement.

Cette logique peut favoriser la découverte de nouveaux sujets et donner une visibilité à des voix qui auraient eu plus de difficultés à accéder aux médias traditionnels. Elle comporte aussi un risque : un utilisateur peut rencontrer une affirmation sans connaître son auteur, son contexte ou les sources sur lesquelles elle repose.

La désinformation change de terrain

Cette évolution oblige les médias et les acteurs du fact-checking à adapter leurs formats. Un démenti publié sur un site internet ou sur Facebook ne touche pas nécessairement les mêmes publics qu’une vidéo de quelques dizaines de secondes.

Investir TikTok ne signifie pourtant pas abandonner les exigences du journalisme. Il s’agit d’adapter la forme sans sacrifier le fond : une information vérifiée, une source identifiable, un contexte compréhensible et, lorsque cela est nécessaire, un lien vers les documents ou sources primaires. Au Mali, les contenus de vérification peuvent aussi gagner à recourir davantage aux langues nationales lorsque le sujet et le public le justifient.

La montée de TikTok ne signifie donc ni la disparition de la radio ni celle de la télévision. Elle traduit plutôt une diversification des portes d’entrée vers l’information. Au Mali, les médias traditionnels conservent une place centrale, mais ils doivent désormais composer avec des plateformes où l’information circule au même rythme que l’opinion, le divertissement et les contenus de créateurs.

Le défi consiste donc moins à apprendre aux jeunes à se méfier d’une plateforme particulière qu’à leur donner des réflexes transférables : identifier l’auteur d’une vidéo, rechercher la source originale, vérifier la date et le lieu d’une image, comparer plusieurs sources et se demander pourquoi un contenu lui est proposé, sur TikTok ou ailleurs.

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