
Dans les campagnes maliennes, la radio, le bouche-à-oreille et, de plus en plus, WhatsApp constituent les principales sources d’information de nombreuses femmes. Si ces canaux permettent de suivre l’actualité, ils favorisent aussi parfois la circulation de rumeurs ou d’informations mal interprétées.
Dans une localité de San, une annonce entendue à la radio a semé le doute. Les habitants apprennent que l’accès aux forêts serait désormais interdit sans autorisation dans le cadre des mesures de sécurité. Craignant des sanctions, de nombreuses femmes renoncent temporairement à la collecte des noix de karité – une activité essentielle à leurs revenus. « Nous avons compris plus tard que l’information avait été mal relayée et mal interprétée », raconte Jeannette, agricultrice.
Cet épisode illustre les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes vivant en milieu rural, où une information incomplète ou déformée peut rapidement influencer les décisions du quotidien.
Radio, bouche-à-oreille et WhatsApp
Dans les campagnes maliennes, les femmes s’informent principalement grâce aux radios communautaires, aux échanges dans les marchés, au bouche-à-oreille, aux proches et, de plus en plus, aux réseaux sociaux. « Je m’informe surtout au marché et grâce aux vidéos que mes proches m’envoient sur WhatsApp. Même si je ne sais pas lire les textes qui les accompagnent, je leur fais confiance parce qu’elles viennent de personnes que je connais », explique Mariam Nantoumé, vendeuse au marché de Ségou.
La radio demeure néanmoins sa principale référence. « Quand un animateur que j’estime donne une information, je considère qu’elle est vraie. » En cas de doute, elle sollicite sa fille, diplômée de l’enseignement supérieur. « Il lui arrive de me dire qu’une information est fausse, mais elle ne m’explique pas toujours comment la vérifier. »
À Finkolo, dans la région de Sikasso, Rokia, trésorière d’une union de femmes rurales, dit avoir progressivement développé un regard plus critique sur les contenus diffusés en ligne. « J’ai compris que tout ce qui circule sur les réseaux sociaux n’est pas forcément vrai. Aujourd’hui, j’encourage les autres femmes à vérifier les informations avant de les partager. »
Un obstacle supplémentaire
Au-delà de l’accès aux médias, la langue constitue un autre défi. Alice, originaire d’un village de Tominian, dans la région de San, ne parle que le bomu. « Les informations sont souvent diffusées en français ou en bambara. Quand elles sont traduites, certains détails peuvent être mal expliqués. Cela crée parfois des incompréhensions. »
Dans de nombreuses localités, les traductions successives modifient le sens d’une information et alimentent involontairement les rumeurs. Pour le sociologue Cheick Oumar Coulibaly, cette vulnérabilité s’explique moins par un manque d’intérêt pour l’information que par les modes de circulation traditionnels. « Les femmes des zones rurales s’informent principalement par la radio, le bouche-à-oreille ou par l’intermédiaire de leurs proches. Les informations reçues peuvent donc être incomplètes ou non vérifiées. »
Selon lui, la confiance accordée aux membres de la famille, aux voisins ou aux leaders communautaires reste un élément central. « Nous venons d’une société où le bouche-à-oreille a longtemps été le principal moyen de transmettre l’information. Lorsqu’un message provient d’une personne de confiance, il est rarement remis en question. »
Cette confiance facilite parfois la propagation de fausses informations. « Les femmes jouent souvent un rôle de relais au sein de leurs communautés. Lorsqu’une rumeur circule, elle peut rapidement provoquer de la confusion, de la méfiance ou des tensions. »
Les radios communautaires en première ligne
Dans ce contexte, les radios communautaires demeurent l’un des principaux remparts contre la désinformation. Grâce aux émissions diffusées en langues locales, elles abordent régulièrement des sujets liés à la santé, à l’agriculture, aux droits des femmes ou à la vie communautaire. « La radio reste le média le plus écouté dans les zones rurales », affirme Albert Kalambry, rédacteur en chef de Radio Foko à Ségou.
Face à la multiplication des rumeurs, sa rédaction dit avoir renforcé ses pratiques de vérification. « Pour la plupart des informations que nous diffusons, nous remontons jusqu’à la source et nous utilisons également des outils de vérification. »
Certaines radios vont plus loin en proposant des émissions consacrées à la vérification des informations. «Cela nous permet d’accompagner les populations, notamment les femmes rurales, face aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les villages », ajoute Albert Kalambry.
Pour les personnes interrogées, la lutte contre la désinformation en milieu rural ne peut pas reposer uniquement sur le travail des médias. Elle passe aussi par le développement de l’éducation aux médias et à l’information, la diffusion d’informations dans les langues comprises par les populations et le renforcement des capacités des radios communautaires. « Les médias locaux, les associations de femmes et les communautés ont chacun un rôle à jouer », estime le sociologue Cheick Oumar Coulibaly. « Les radios doivent continuer à diffuser des informations vérifiées, tandis que les associations peuvent sensibiliser les femmes aux bons réflexes face aux rumeurs. »
Alice partage cette conviction. Pour elle, mieux informer passe aussi par une meilleure prise en compte des réalités linguistiques. «Quand une information importante est diffusée, il faudrait qu’une personne qui parle bien le bomu nous l’explique clairement. Cela éviterait les erreurs de traduction et les rumeurs. »
Dans les zones rurales maliennes, lutter contre la désinformation ne consiste pas seulement à démentir les fausses nouvelles. Il s’agit aussi de permettre aux femmes d’accéder à une information fiable, compréhensible et adaptée à leur quotidien. Car une information bien comprise est souvent le premier rempart contre les rumeurs.






