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Décès de Khaira Arby : au revoir l’artiste

Ce 19 août 2018, la chanteuse Khaira Arby nous a quittés. Elle était très certainement la femme de Tombouctou la plus connue pour son engagement et sa voix, écrit la blogueuse Fatouma Harber.

Née à Tombouctou il y a 59 ans, Khaira était l’incarnation de cette ville du Nord, métisse et riche de sa culture de la paix, qu’elle ne se lassait jamais de chanter dans toutes les langues : songay, tamasheq, peulh, arabe, bambara et même français.

Khaira Arby était un roc, comme sa voix. Forte. Porteuse. Cristalline. Engagée. Elle est entrée en musique au plus jeune âge comme d’autres vont à l’école et elle n’en est jamais ressortie. Elle était de tous les combats, même pour les causes les plus éloignées de sa communauté. Qui, à Tombouctou, ne connaît pas ce refrain en songhay de la chanson « Apartheid » qui s’attaque à Pieter Botha, l’ancien président de l’Afrique du sud ségrégationniste ?

« Nda takuba na yero jaw bara yer ma tangam gi », « même s’il nous faut prendre des sabres, nous allons les combattre » ; « nda malfa na yero jaw bara yer ma tangam gi », « même s’il nous faut prendre des  fusils, nous allons les combattre ».

Un engagement pour les femmes

Khaira était une femme indépendante qui était engagée pour l’émancipation des femmes, leur libération de certaines traditions qui « ne valent plus la peine de continuer à exister ». Elle a dénoncé les violences conjugales, l’excision, le mariage précoce… Elle était une des grandes militantes pour la scolarisation des jeunes filles car, comme elle aimait le dire, l’école permet aux femmes de comprendre le monde dans lequel elles sont, mais aussi à devenir indépendantes financièrement.

Sa tolérance et sa lutte pour la cohésion sociale n’avaient d’égale que la force de sa voix. Elle a chanté la paix, au plus fort des rébellions que le Mali a connu, fière d’être africaine et de représenter son continent dans les différents festivals auxquels elle participait à travers le monde.

Celle que ses musiciens et autres collaborateurs appelaient « la grand-mère » était infatigable quand il s’agissait de chanter. Quel que soit l’endroit, elle parlait de son Tombouctou natal, et y revenait toujours, animant quelques soirées sur la dune Chirac ou en plein air.

Fière de ses origines

Quand l’occupation des djihadistes rendit la musique interdite à Tombouctou, elle s’est définitivement installée à Bamako, mais ne se gardait point de revenir à toute occasion dans la Cité des 333 saints, qui la vénère et la chérit. Fidèle à son statut de résistante, elle a chanté pour François Hollande « gaabi ngo ba biiri », « c’est la force qui casse l’os », le remerciant de la libération du nord du Mali par la force Barkhane de février 2013.

Née d’un père touareg et d’une mère songhaï, Khaira n’a pas hésité à chanter « wa horay laraw konghodi sé », « chantez pour l’esclave d’Arabe », pour dénoncer les dénigrements dont elle a fait l’objet de la part de certains de ses détracteurs qui la traitaient d’esclave, et surtout dénoncer une réalité sociale de Tombouctou.

Sa voix semblait être forgée dans une matière magique qui enflamme les esprits à Tombouctou, qu’elle chante le Hala (chanson des maçons) ou le Djaba. Comme le vent qui souffle dans ce désert que tu aimais tant, ta voix reste gravée et tes mélodies resteront à jamais dans nos esprits et nos cœurs.

 

Au revoir l’artiste.

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