Marches anti-présence française au Mali : peut-on parler de « génocide de la France » ?
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Marches anti-présence française au Mali : peut-on parler de « génocide de la France » ?

« Stop au génocide de la France au Mali », pouvait-on lire sur certaines pancartes lors de la manifestation du 10 janvier 2020 pour réclamer le départ des troupes françaises du Mali. Le blogueur Issouf Koné explique pourquoi il faut faire attention à l’usage du terme de « génocide » dans le contexte malien quant à la présence française. Ce travail de vérification de Benbere est fait en partenariat avec Internews.

Le 10 janvier 2020, une marche a eu lieu pour réclamer le départ de la France du territoire malien. La marche, en plus de Bamako, s’est déroulée dans d’autres régions du pays comme Sikasso et Kayes.

A Sikasso, les manifestants, agités, brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des messages durs à l’endroit de la France : « À bas la France », « Nous voulons un réel changement », « Vive la coopération Mali-Russie », « France dégage », « On réclame le départ de la force Barkhane » etc…Un qui attirait le plus l’attention était : « Stop au génocide de la France au Mali ».

Mauvaise gestion

Ce n’est pas la première fois que les populations marchent pour réclamer le départ des troupes françaises en Afrique francophone et que, pendant des manifestations, la France est traitée de tous les noms. Ce fut le cas, en 2002, lors de la crise ivoirienne. Ici, au Mali, plusieurs fois avant la marche du 10 janvier, les populations ont manifesté pour réclamer le départ des forces étrangères en général et de la force française « Barkhane » en particulier.

Après le massacre d’Ogossagou, le 23 mars 2019, l’Imam Mahmoud Dicko avait organisé une marche le 5 avril. Cette marche visait à dénoncer la mauvaise gestion du pays et à interpeller les autorités sur les massacres au centre du pays. Les manifestants ne se sont pas contentés d’envoyer des messages aux autorités maliennes. Les forces étrangères, une fois de plus, avaient été visées. Le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et de la force « Barkhane » avait été réclamé par les manifestants. Le terme « génocide » avait été employé par certains des manifestants.

Qu’est-ce qu’un génocide ?

Mais, au juste, qu’est-ce que c’est qu’un génocide ? Diverses définitions du terme, peu importent les manuels de référence, se rejoignent. «Le génocide, selon la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations unies, désigne l’un des actes suivants commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe»

Un génocide consiste donc à vouloir exterminer un peuple, un groupe. C’est faire en sorte qu’un peuple soit réduit au maximum, comme ce fut le cas pour les Tutsis au Rwanda, la Shoah lors de la seconde guerre mondiale, ou encore pour les Arméniens.

Le juriste polonais Raphael Lemkin, qui a développé le terme en 1943, va plus loin dans la définition en parlant de ceux qui peuvent être les auteurs d’un génocide : « Les coupables peuvent être des représentants de l’État ou des groupes politiques ou sociaux organisés ».

Dans le cas du Mali, jusque-là, des groupes armés sont pointés du doigt. Veulent-ils exterminer un groupe communautaire bien déterminé ? C’est possible, mais la question doit rester posée jusqu’à ce qu’il y ait des études assez claires sur le problème.

Faisons la part des choses

Nous sommes frappés par un terrorisme chronique qui coûte la vie à nombre de nos soldats et civils. Les populations, impuissantes et remontées face aux crimes répétitifs, ne croient plus en la sincérité de la France dans son combat contre le terrorisme au Mali, et ce malgré le nombre important de soldats que la France perd dans le Sahel. L’aggravation de la crise sécuritaire prend une ampleur qui rend bon nombre de populations nerveuses. Mais, dans la situation actuelle du Mali, inquiétante, aucun élément ne prouve que la France s’est rendue coupable de « génocide » si on s’en tient à la définition du terme. Il faut donc faire la part des choses.

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