Avant-projet de loi : la difficile lutte contre les violences basées sur le genre au Mali
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Avant-projet de loi : la difficile lutte contre les violences basées sur le genre au Mali

Au Mali, les questions de violences basées sur le genre(VBG) soulevent toujours une polémique, comme ce fut le cas avec l’avant-projet de loi, retiré sous la pression des religieux. Entre incompréhension, déni et le poids des traditions, la lutte contre les VBG peine à aboutir.

Les considérations socio-culturelles semblent primer sur tout au Mali. Même quand il s’agit d’atteintes aux droits  humains, notamment des violences basées sur le genre(VBG). Résultat : les violences basées sur le genre, sous toutes les formes, connaissent une hausse inquiétante.

Le traditionniste Oumar Samaké n’y va pas par quatre chemins et pointe une méconnaissance des valeurs socio-culturelles– dans la transmission desquelles il semble y avoir une rupture– chez ceux qui se rendent coupables de ces violences. « Autrefois, les jeunes garçons étaient éduqués durant leur période de rétablissement après la circoncision, explique-t-il. On les éduquait dans le sens du respect, de la patience envers l’autre. Ce qui leur permettait de gérer leurs foyers sans violation de droits. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Ils sont laissés à eux-mêmes jusqu’au mariage. Les jeunes sont dans une situation où ils ne sont ni avec nos valeurs socio-culturelles, ni avec ce qu’ils interprètent et imitent mal ».

Incompréhension du concept

Lorsqu’on parle de genre, certains hommes s’énervent et sortent des propos comme « Même Dieu nous a créés différemment », « Comprenez que la femme ne sera jamais égale à l’homme ». Ou encore « Quand une femme a plus de droit, elle se prend trop la tête », « Épargnez nous ces histoires de blancs », « La religion musulmane même dit que la femme doit obéissance et soumission à son époux ». Et pour couper court à la discussion : « Vous voulez bafouer nos valeurs sociale et culturelle en faisant la promotion de l’homosexualité ?».

Ces propos prouvent, à suffisance, qu’il y a une incompréhension totale du concept de violences basées sur le genre (VBG). Et sur la nécessité d’y faire face collectivement, sans distinction.

Le genre n’est pas synonyme de sexe

Le genre fait allusion aux différences entre les hommes et les femmes liées au contexte social et culturel. Il sert à évoquer les rôles qui déterminent socialement les comportements, les activités et les attributs considérés comme appropriés pour les hommes et les femmes. Le genre se réfère surtout aux caractéristiques qui se sont forgées tout au long de l’histoire des relations sociales.

Selon une note explicative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est parfois difficile de comprendre exactement ce que l’on entend par le terme « genre » et comment ce terme se différencie de celui de « sexe », qui lui est étroitement lié. Le même document indique que le mot « sexe » se réfère davantage aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes.

Des séminaires, rencontres et ateliers auxquels j’ai participé, je retiens ceci : « La violence liée au genre est basée sur un déséquilibre des pouvoirs, et exercée dans l’intention d’humilier et de faire naître chez une personne ou un groupe de personnes un sentiment d’infériorité et/ou de subordination ».

A travers cette définition, il est aisé de comprendre que certains aspects cités dans le cadre des violences basées sur le genre sont aussi des composantes de nos valeurs sociétales à sauvegarder.

Un sujet sensible

Pourtant, la lutte contre les VBG est directement associée à la promotion de l’homosexualité par beaucoup de Maliens. Comme l’illustre la polémique liée à l’avant-projet de loi portant prévention, répression et prise en charge des violences basées sur le genre au Mali.

Les opposants au document, des responsables religieux en l’occurrence, pensent que c’est un projet occidental. « Beaucoup de personnes ne connaissent pas le contenu de l’avant-projet. Elles ont la paresse intellectuelle de fouiller et d’analyser les textes. Nous utilisons la religion et les coutumes pour tout justifier », souligne une blogueuse malienne qui milite pour l’adoption d’une loi contre les violences faites aux femmes.

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