Côte d’Ivoire : la césarienne, pas effectivement gratuite
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Côte d’Ivoire : la césarienne, pas effectivement gratuite

Compte tenu du coût élevé, beaucoup de femmes en Côte d’Ivoire fuient les hôpitaux, sans soins, après la césarienne.

L’hôpital général d’Abobo est l’un des établissements sanitaires les plus fréquentés dans le district d’Abidjan. Lors de notre passage, la semaine dernière, le bureau d’entrée grouillait de monde. Venus nous renseigner sur le nombre de femmes, qui, après l’accouchement, quittent les lieux sur la pointe des pieds, sans régler la facture, nous nous heurtons au silence des agents du bureau des entrées. M. A., aide-soignant exerçant au sein de cet hôpital, confirme tout de même qu’il y a des femmes qui fuient les hôpitaux en particulier celles qui ont subi une césarienne.

« Il y a quelques mois, une femme a fui pendant la nuit avec son bébé, 5 jours après son opération », nous apprend-il. Selon lui, le manque d’argent est la raison pour laquelle cette femme a déménagé à la cloche de bois de cet établissement sanitaire. Un autre cas s’est produit à l’hôpital général Port-Bouët, l’année passée. C’était une jeune élève. Elle s’est enfuie avec sa mère et sa fille, dès qu’elle a pu marcher. « Sa fuite était probable, dans la mesure où ses parents avaient des difficultés à payer les soins. La césarienne coûte cher. Du kit aux soins, en passant par la chambre d’hospitalisation. Ce sont toutes ces dépenses réunies qui effraient les femmes enceintes et leurs familles », a indiqué un autre praticien au sein de l’établissement sanitaire.

Une opération de routine

Une femme sur cinq accouche par césarienne à l’hôpital général de Port-Bouët, apprend-on de source hospitalière. En plus des hôpitaux généraux, les césariennes sont aussi pratiquées dans les Centres hospitaliers universitaires (CHU). Autrefois considérée comme le dernier recours pour sauver la mère et son bébé, la césarienne est désormais perçue comme une opération de routine.

Un autre travailleur du CHU de Cocody, qui a requis l’anonymat, ajoute : « J’ai l’impression que les femmes ne savent plus ou ne peuvent plus accoucher par voie basse. Dès qu’il y a un petit problème, elles sont aussitôt envoyées au bloc pour subir une opération. »

Exemption de paiement

Plusieurs raisons expliquent l’opération, qui consiste à extraire directement le bébé du ventre de sa mère, nuance cet autre médecin. Lorsque le bassin de la mère est trop étroit, l’enfant est en mauvaise position (présentation transversale, cordon ombilical mal placé), ou rencontre un obstacle à la sortie (fibrome). Aussi, quand l’utérus est mal formé ou encore la mère est dans un mauvais état de santé : diabète, herpès génital, hypertension artérielle, insuffisance rénale ou maladie au cours de la grossesse, recours est fait à l’opération d’extraction.

Certaines de ces causes se décèlent au 8e mois de grossesse. La césarienne est alors programmée à l’avance. Mais il y a d’autres causes qui ne se révèlent que le jour-J. Il faut alors intervenir au pied levé. « On nous accuse souvent à tort. Nous ne faisons la césarienne que pour sauver la vie de la mère et de l’enfant », se justifie-t-il.

Officiellement, la césarienne est gratuite en Côte d’Ivoire depuis 2012. Un décret présidentiel portant exemption de paiement des prestations et des actes en rapport avec l’accouchement par voie basse et la césarienne est en vigueur.

« On ne sait pas comment ça va se passer »

Cependant, au CHU de Cocody, il faut payer le kit de césarienne qui s’élève à 60.000 francs CFA, la location du bloc à 50.000 francs CFA et l’hospitalisation. Le coût des chambres varie entre 2.000 et 10.000 francs CFA pour 5 jours d’hospitalisation. Il faut au moins 120.000 francs CFA pour bénéficier d’une césarienne. Sans compter la prescription des produits pour les autres soins. Ce qui n’est pas une mince affaire pour les usagers démunis comme cet enseignant dont la femme a accouché de son 3e enfant au sein de l’hôpital de Cocody.

« Après les premières consultations, le médecin nous a dit que le poids de l’enfant l’oblige à nous conseiller la césarienne », témoigne cet enseignant venu de l’intérieur du pays. « Quand on a une femme enceinte, on doit au moins préparer l’argent pour la césarienne. On ne sait pas comment ça va se passer », ajoute le médecin en charge de son épouse. « Mais, à la naissance, le poids du bébé est inférieur », regrette le mari désenchanté, qui plaide désormais pour une gratuité effective des soins de l’accouchement et la césarienne.

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