article comment count is: 4

Chère France, ta politique d’attractivité veut nous assassiner !

Le 19 novembre 2018, le Premier ministre français, Édouard Philippe, a annoncé la mise en place d’un plan visant à favoriser l’attractivité des universités françaises. Si cette politique a des avantages, comme la facilitation de l’obtention du visa par exemple, soulignons qu’elle a aussi des points qui inquiètent les étudiants africains. Parmi ces points, figure l’augmentation des frais de scolarité. La blogueuse Salimata Traoré, étudiante en France, voit en cette politique une manière indirecte de chasser le plus possible les étudiants africains du territoire français.

C’est le cœur serré, avec beaucoup d’angoisse et d’inquiétude que je t’écris. Je suis l’étudiante africaine qui est désormais un problème pour toi, celle dont tu veux te débarrasser, car tout simplement je suis pauvre et que toi, tu as besoin des riches pour assurer tes arrières.

En écoutant les informations, j’ai appris que tu ne voulais plus d’étudiants étrangers pauvres, à commencer par ceux des pays africains. Tu ne veux que ceux des pays émergents. Est-ce parce que ces derniers sont plus intelligents que moi ? Ont-ils plus le droit de réussir que moi ? La pauvreté des miens est-elle ma faute ? L’objectif est-il réellement l’attractivité ou juste d’éloigner les Africains ? Attirer les plus riches pour sauver la France des crises ?

Oh ma belle France,

Je n’ai cherché qu’à étudier, avoir mon diplôme et retourner dans mon pays d’origine. Je n’ai peut-être pas d’argent, mais j’ai honoré le nom de tes universités. Mes frères et moi, qui sommes venus en quête de connaissances, faisons partie des majors de nos promotions. Nous faisons des cursus corrects, nous faisons des recherches pour vous car nous avons des doctorants parmi nous. L’argent est nécessaire mais la connaissance vaut plus que l’or ou les diamants. En venant chercher la connaissance, nous avons apporté nos connaissances et nous avons participé au développement de la connaissance.

Ma chère France,

Je m’entends si bien avec tes enfants qui sont dans tes universités que je fréquente. Ensemble, nous avons fait nos réseaux et nous n’avons jamais fait de différence entre nous. Enfin, sauf maintenant, car toi, leur mère, tu veux nous étiqueter et nous différencier.

Oh ma chère,

Ce n’est pas comme si nous ne t’attirions que des problèmes, mais au contraire nous payons très cher nos études. C’est nous (en majorité) qui travaillons au quotidien dans tes McDo, KFC, Carrefours, Pizza Hut, Crous pour payer nos frais de scolarité, nos logements et pour pouvoir consommer au quotidien comme tout acteur économique. Il y a certains d’entre nous qui réussissent malgré les difficultés, et il y en a d’autres qui vont au rattrapage souvent. Mais notre force, c’est notre courage car malgré tout nous ne laissons pas tomber les études. N’est-ce pas digne de futurs leaders ?

Ma France,

J’aimerais savoir, nous qui sommes là, qui n’avons pas les moyens et qui étudions bien, nous qui sommes à un an de la fin des études, à deux ans de la fin, que ferons-nous si ta future stratégie « d’attractivité », consistant à augmenter de façon colossale les frais de scolarité, voit le jour ? Retourner chez nous alors que nous sommes si près du but ? Nos frères qui rêvent depuis toujours de suivre leurs études ici devront-ils y renoncer car ils sont pauvres, et que la France n’accepte plus les pauvres ?

Après avoir fait le collège, le lycée et l’université en France, s’il y a des phrases qu’on m’a répétées sans cesse, ce sont celles-ci : « La France est un pays qui a des valeurs », « La France est sociale et non libérale ». Et c’est cet état d’esprit qui te différenciait de beaucoup d’États puissants. S’il y a une chose de toi que j’aurais aimé reproduire dans mon pays d’origine, c’est bien cela. Ta devise « Liberté, Egalite et Fraternité » sonne dans mes oreilles comme « la liberté quand ça arrange, l’égalité quand on le veut et la fraternité quelques fois » !

Oh belle France,

J’aimerais savoir si l’échange est à sens unique. Tu le sais très bien, et je le sais bien, que la France et l’Afrique (surtout l’Afrique de l’Ouest) sont liées à jamais. « La France n’est rien sans l’Afrique ». Quand je roule dans les ruelles de Bamako, de Dakar, je vois des stations Total, je vois des supermarchés Auchan ou Carrefour, je vois, je vois, je vois… Tes enfants et tes firmes sont bien accueillis sur nos terres. Vous vous servez sans être confrontés à trop de politiques protectionnistes… Et le franc CFA, nous en parlons ? Non, je pense que je vais m’arrêter là !

Vous partez sans crainte, mais nous, nous venons avec beaucoup de craintes, et là, nous devrons sûrement partir par contrainte.

Cordialement,

Une ambassadrice de l’Afrique en France et une ambassadrice de la France en Afrique !

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (4)

  1. Je suis totalement d’accord avec cette réforme. Augmenter les frais va discriminer les étudiants africains, qui sauront enfin que la France est profondément raciste, et ils se battront enfin pour leur pays.
    Quand la France ne pourra plus profiter du pillage massif de l’Afrique, même les Français devront payer plein-tarif.
    J’aime voir la France prendre des décisions racistes comme ça. C’est pour ça que je soutient Le Pen même si je ne suis pas français. Ce racisme provoquera un réveil, les africains verront la france comme ce qu’elle réellement, un pays impérialiste qui exploite l’Afrique, que comme un « pays ami ».

    1. C’est faire preuve d’une grande naïveté que de croire qu’une victoire de Marine Le Pen réveillera les Africains blabla blabla. Qui t’a dit ça? Kemi Séba?

  2. Torchin! A prendre ou a laisser. Vous ne voulez pas l’augmentation de vis frais d’etudes, retournez dans votre pays! Au Mali, les etrangers payent plus chers que les nationaux!

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure utilisation sur ce site web.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Si vous souhaitez en savoir plus sur les cookies que nous utilisons, veuillez lire notre politique relative aux cookies.