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En quête de réconciliation, l’Etat malien oublie la justice.

La première session de la Cour d’assises de Bamako au titre de l’année 2018 a débuté le 30 avril. Cette session avait au rôle certains dossiers de terrorisme et d’atteinte à la sureté de l’Etat. Le hic est que sur les 18 accusés, seuls 3 comparaîtront car en détention. Les 15 autres n’ont pas comparu, ayant été libérés depuis belle lurette. Le blogueur Abdoulaye Guindo considère qu’en libérant des gens accusés de crimes contre l’humanité, l’Etat malien a sacrifié la justice.

Les accusés avaient été arrêtés courant 2013, lorsque la France lançait son opération « Serval » de libération des villes occupées du Nord. Les accusés étaient recherchés et arrêtés par des soldats maliens et tchadiens. Cependant, dans le cadre des pourparlers de paix d’Alger, les groupes armés exigent la libération de plusieurs détenus. Le gouvernement accède à leur requête et fait libérer les détenus figurant sur les listes fournies par la rébellion.

Déjà en 2014, des rebelles arrêtés n’avaient pas comparu devant les juges pour avoir été libérés par les autorités politiques au nom des accords d’Ouagadougou. Ils sont tous accusés de trahison, de détention illégale d’armes de guerre, d’association de malfaiteurs, d’atteinte à la sureté intérieure et extérieure de l’Etat, de rébellion et d’actes de terrorisme.

La plus surprenante des libérations est celle d’Alhousseini Ag Houka Houka. Ce dernier était, pendant 9 mois, le juge islamique principal d’AQMI à Tombouctou. Toutes les décisions de justice venaient de lui, des flagellations, aux amputations en passant par la détention surtout des femmes.

Libération extrajudiciaire

Pourquoi des terroristes libérés se retrouvent-ils enrôlés pour une session d’assises ? Selon un magistrat proche du dossier,  les services du parquet général de Bamako n’ont pas été officiellement tenus au courant des libérations intervenues. Les dossiers ont donc continué à être instruits normalement. Bien entendu, nul n’a pu exécuter les ordonnances de prise de corps (arrestations) qui frappent tout détenu devant comparaître aux assises. À présent, la Cour va devoir constater les absences et prononcer des condamnations par contumace.

Les défenseurs des  droits de l’homme floués

Contre ces détenus libérés, les organisations de défense des droits de l’homme avaient déposé auprès du Tribunal de Grande Instance de la Commune III de Bamako une plainte avec constitution de partie civile pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre au nom de 80 femmes et filles victimes de viols et d’autres formes de violences sexuelles commis lors de l’occupation du Nord Mali par les groupes armés. Une autre plainte a été déposée auprès du Tribunal de la Commune III au nom de 33 victimes de crimes internationaux commis lors de l’occupation de la région de Tombouctou. Libérés, il n’y aura donc pas de justice pour toutes ces victimes. Une fois encore, l’Etat malien dans sa quête de réconciliation, oublie la distribution de la justice.

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