Arrestation de Naïm Touré au Burkina : la police s’est trompée d’adversaire
Credit Photo : Facebook de Naim TOURE
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Arrestation de Naïm Touré au Burkina : la police s’est trompée d’adversaire

Dans la nuit du 12 novembre 2019, le jeune cyber-activiste du Burkina Faso, Naïm Touré, a été interpellé « brutalement » par la police. Relâché deux jours plus tard, il était accusé d’avoir orchestré des manœuvres de démoralisation des forces armées nationales.

Sur sa page Facebook, ses publications sont acerbes et virulentes. Les termes utilisés peuvent parfois choquer. Les messages virulents, empreints de moqueries, de provocations, s’attaquent ouvertement à la politique gouvernementale. Le jeune homme ne mâche pas ses mots et ses publications laissent très souvent le lecteur interloqué.

Naïm Touré, cyber-activiste de 36 ans, divise surtout les internautes burkinabè. Alors que certains l’adulent, d’autres le trouvent trop cru ou « impoli ». Qu’il soit aimé ou pas, les circonstances de son arrestation laissent perplexe. Une arrestation faite de façon brutale, après 21 heures, par des policiers en civil sans mandat, selon des témoins. C’est la quatrième fois qu’il est interpellé, après celle de juin 2018.

Démoralisation de l’armée

Il a fallu attendre presque 24 h pour que la police, dans un communiqué écrit apparemment à la hâte, explique les motifs de cette arrestation. Ce qui a laissé le champ à toutes les spéculations possibles. Kidnapping ? Arrestation policières ? Règlement de compte ? L’avocat de l’intéressé, Maître Prosper Farama, a même supposé qu’il s’agissait d’un enlèvement. Arrêté en juin 2018, il avait été condamné à deux mois d’emprisonnement pour « trouble à l’ordre public ».

Dans la publication incriminée, on peut lire : « (…) Si ce n’est pas au Burkina ici et plus précisément sous Roch (Roch Marc Kaboré, président du Burkina, ndlr), des gars pareils vont passer par où pour occuper les têtes de la défense, sécurité et police ? Voilà nos véritables ennemis : c’est-à-dire ces médiocres (…) ».

Dans un communiqué de la police nationale, il est ainsi reproché à l’activiste de mener une campagne de « démoralisation » des forces de défense et de sécurité engagées la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. A mon avis, cette arrestation est le symbole même de la faiblesse des autorités en matière de communication et un manque d’adaptation à la gouvernance à l’ère des réseaux sociaux. Qu’est-ce que la « démoralisation » des troupes ? A quel moment parle-t-on de « démoralisation » des troupes ? Des questions qui devraient être éclaircies.

Mainmise sur les réseaux sociaux

L’Assemblée nationale du Burkina Faso a adopté, en juin 2019, un nouveau code pénal condamnant à des peines allant jusqu’à 10 ans de prison la diffusion d’informations sur les opérations militaires. Si, a priori les activistes et les internautes sont ciblés par cette loi, les journalistes la perçoivent plutôt comme un moyen de museler la presse et la liberté d’expression.

Les autorités policières se sont trompées d’adversaire. Plutôt que de s’attaquer aux cyber-activistes, elles doivent d’abord combattre les fuites d’informations dans leurs propres rangs, mieux gérer leur communication et assainir la gouvernance publique. Les informations que Naïm Touré diffusent souvent sur les réseaux sociaux viennent sûrement de personnes introduites, proches du pouvoir.

Relâché le 14 novembre dernier, aucune charge n’a été retenue contre lui. De nombreux jeunes trouvent aujourd’hui en Naïm Touré une sorte de porte-voix. Ils sont, en effet, nombreux qui préfèrent passer par lui pour fournir des informations de proximité face à la crise de confiance et la méfiance envers l’autorité publique.

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