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Narcos à Bamako : sur les traces des dealers du Rail-Da

De passage au Rail-Da (centre commercial autour des rails), un blogueur a pu débusquer un réseau de trafic de drogue. Ce qu’il a vu l’a sidéré, et les dealers ne sont pas toujours ceux et celles que l’on croit. Si lui, un observateur profane, peut débusquer une telle organisation, la police peut faire mieux et laver le Mali de sa réputation de plaque tournante de la drogue, écrit-il.

Ce matin, de passage au Rail-Da, avant de continuer sur Djelibougou (quartier populaire de Bamako), j’ai été témoin d’une scène digne de la série Narcos, inspirée de l’histoire du célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar. Le Rail-Da est connu de tous les Bamakois comme un lieu de prédilection pour les bandits, les drogués et les voleurs. Comme on aime à le dire à travers une blague populaire, « si tu viens à Bamako et que ne tu n’as pas été victime de vol, c’est que tu n’as jamais été au Rail-Da. »

Alors que je viens de m’asseoir dans la Sotrama (transport en commun) qui n’a pas encore démarré, un jeune avec ses dreads de rasta attire mon attention. Il est habillé en blouse et en jean, une paire de baskets, une casquette sur la tête et un petit sac au cou.

Un dealer débusqué

Je l’observe pendant un moment et remarque qu’il reçoit à peu près chaque minute un appel. Et il fait signe de la main pour indiquer son emplacement à son interlocuteur. Soit, c’est ce dernier qui vient ou bien c’est lui qui va vers lui. Je suis convaincu que c’est un dealer. D’habitude, je n’aime pas beaucoup attendre dans la Sotrama, comme tout le monde, surtout lorsqu’il fait chaud. Mais, j’ai tellement envie de découvrir leur manière d’opérer que je prie pour que nous ne décollions pas trop vite. Me voici maintenant dans la peau d’un policier, toujours concentré sur mon rastaman.

Quelques instants après, une Mercedes se gare juste à côté de lui. À l’intérieur, j’aperçois deux personnes à l’arrière et un autre, près du conducteur avec un sac à dos sur ses genoux. Les passagers de l’arrière descendent : deux jeunes filles avec deux sachets noirs chacune. La Mercedes décolle et les deux jeunes filles rejoignent le rastaman sur le trottoir. Voyant qu’ils sont exposés, l’une des filles parle en anglais et, d’un geste, demande qu’ils traversent la route pour venir vers le stationnement des Sotrama.

Complices inattendues

C’est à ce moment que je pressens que le plus intéressant va commencer, et que je vais rater la scène si la Sotrama venait à démarrer. Je descends pour aller vers les Sotrama vides, pour bien observer mes cibles. Ils ont pris place entre deux Sotrama. Je laisse une petite distance, mais je peux tout entendre et tout voir. Les deux filles ouvrent alors leurs paquets, et je peux voir que l’un des paquets contient de la drogue déjà enroulée dans du papier blanc en petites mèches, et l’autre paquet contient des écouteurs, qui servent probablement de camouflage.

Après avoir partagé la drogue et les écouteurs en trois parties, ils se séparent. Les filles vont vers les rails et le rastaman rejoint le trottoir. Alors, je décide de suivre les filles du regard. Elles se dirigent vers les femmes qui vendent des fripes. Elles font semblant de choisir des habits, déposent la drogue sous les vêtements et, après avoir vérifié que personne n’a remarqué leur jeu, continuent leur chemin.

Aussitôt, la vendeuse récupère la « marchandise ». Je comprends alors que certaines femmes, qui vendent les fripes, font partie du réseau des trafiquants de drogue. Et ce sont les filles, qui passent plus inaperçues, qui assurent la livraison. Le rastaman, quant à lui, est sollicité par les apprentis-chauffeurs et il fait comme s’il vendait les écouteurs : alors que ce n’est qu’une couverture.

Je ne sais pas si notre police a des agents spéciaux qui surveillent le Rail-Da. Si ce n’est pas le cas, il faudrait le faire. Je suis sûr que derrière ces trois jeunes se cache un gigantesque réseau, et Dieu seul sait la quantité de drogue qui circule sous le camouflage des vieux vêtements et des écouteurs. On sait que notre pays est devenu une plaque tournante de la drogue. Mais si moi, un observateur profane, je peux débusquer un trafic de drogue, la police dont c’est la mission, peut démanteler facilement les réseaux qui entretiennent ce business.

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