
Depuis la mi-février, une publication devenue virale sur les réseaux sociaux affirme que l’ancien ministre congolais de la Justice, Constant Mutamba, aurait interdit au reggae man ivoirien Tiken Jah Fakoly de chanter pour lui.
Attention, il s’agit d’une infox
« Tiken Jah, si ta chanson sert d’autres intérêts que ceux de nos peuples en lutte, retire immédiatement mon nom. Il n’est ni un slogan, ni une marchandise. Mon nom n’est pas à vendre. Les Présidents de l’Alliance des Etats du Sahel sont mes idoles. Constant Mutamba ». Ce message attribué à Constant Mutamba a fait le tour de plusieurs plateformes, notamment Facebook 1, 2, 3, 4, 5, 6. Nous l’avons également retrouvé sur TikTok , Instagram, et même sur des sites web comme à Bamako ici et à Niamey.com.
Certaines de ces publications comptent plusieurs centaines de commentaires et des milliers de likes. Dans les commentaires, de nombreux internautes s’en prennent à Tiken Jah Fakoly, le qualifiant par exemple de « loup déguisé en agneau » ou encore de « vendu ».
D’où vient l’infox ?
Le 23 janvier, Tiken Jah Fakoly a sorti le morceau Mutamba, en collaboration avec le chanteur congolais Decastro.
La chanson rend hommage à Constant Mutamba, ancien ministre d’État chargé de la Justice en République démocratique du Congo (juin 2024 – juin 2025). Dans ce titre, l’artiste évoque le courage d’un dirigeant présenté comme un homme ayant osé défier un système politique profondément enraciné. Il établit également un parallèle entre Mutamba et Patrice Lumumba, figure historique de la lutte pour la souveraineté africaine.
Quelques semaines après la sortie de la chanson, des internautes ont commencé à partager ce faux message, laissant croire à une réaction négative de Mutamba à l’égard du morceau.
Des lettres ouvertes depuis sa cellule
Depuis sa détention, Constant Mutamba publie régulièrement des lettres ouvertes dans lesquelles il dénonce ce qu’il présente comme un procès politique, affirme son innocence face aux accusations de détournement de fonds publics et adresse des messages au peuple congolais. Il y appelle notamment à la justice, à la réforme des institutions et à une gouvernance plus intègre. Il s’adresse également à ses enfants et à ses soutiens.
Après plusieurs recherches, nous n’avons trouvé aucune trace du message prétendument adressé à Tiken Jah Fakoly. Au contraire, dans une lettre datée du 5 février 2026, Mutamba évoque positivement la chanson. À la deuxième page, on peut lire :« Fière chandelle à cette icône mondiale du reggae et grand panafricain, TIKEN JAH FAKOLY, qui nous a tous agréablement surpris par son chef-d’œuvre : “Mutamba, tu nous rappelles Lumumba”. »
Pour vérifier l’authenticité de cette lettre, nous avons contacté le journaliste fact-checkeur congolais Moise Esapa. Celui-ci nous a confirmé que le document est bien authentique. « Elle a été partagée par des journalistes locaux d’ici. Elle est bien authentique », explique-t-il. La lettre a également été publiée sur plusieurs profils de journalistes congolais sur Facebook comme on peut le lire ici et là.

Après recoupement des informations disponibles, rien ne prouve que Constant Mutamba a demandé à Tiken Jah Fakoly de retirer « son nom » du morceau Mutamba. Au contraire, dans une lettre publiée début février 2026, il semble plutôt saluer l’initiative de l’artiste.





