Ce vendredi 31 juillet 2026, l’ONG ORFED a organisé une cérémonie de remise de prix sur le journalisme sensible aux conflits. Cette initiative, mise en œuvre avec son partenaire allemand EIRENE dans le cadre du programme « Promouvoir une paix durable au Mali » (PPDM), vise à encourager les productions journalistiques qui contribuent à la paix, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble.
Dans un contexte où les discours de haine, la désinformation et les tensions sociales alimentent les conflits, ORFED et EIRENE entendent promouvoir une pratique journalistique plus responsable. Le prix, composé d’ordinateurs et enregistreurs, récompense les meilleures productions radio et presse portant sur la paix, le genre et le développement, tout en valorisant la rigueur professionnelle et le respect des principes déontologiques.
Dans son allocution, le directeur exécutif d’ORFED, François Sangaré, a salué la pertinence d’un programme consacré à la paix dans le contexte actuel du Mali. « Durant les trois années de mise en œuvre du programme PPDM, nous avons travaillé avec les organes de presse et les journalistes pour que leur contribution permette de promouvoir la paix, de renforcer la cohésion sociale et d’élever le niveau du débat public », a-t-il déclaré.
Pour François Tendeng, coordinateur d’EIRENE au Mali, le rôle des médias est aujourd’hui déterminant dans la prévention des conflits. « Le journalisme sensible aux conflits n’est pas une arme, c’est un outil qui permet aux populations de vivre en paix et de communiquer dans les meilleures conditions possibles. »
Selon lui, chaque contenu diffusé par les médias peut soit apaiser, soit exacerber les tensions. « Chaque mot, chaque virgule, chaque image mise en circulation doit contribuer à la cohésion sociale. Tous les journalistes sont responsables, avec les autres acteurs de la société, de la construction d’une paix durable. »
Le programme « Promouvoir une paix durable au Mali », lancé en 2023 par EIRENE en partenariat avec ORFED, Fondation pour le développement au Sahel (FDS) et G. FORCE, intervient notamment à Bamako, Koulikoro, Ségou et Sikasso. Il soutient des initiatives locales de prévention et de gestion non violente des conflits ainsi que la promotion des médias pour la paix.
Dix productions évaluées
Selon le rapport du jury consulté par Benbere, dix productions journalistiques provenant principalement de Bamako, Koulikoro et Sikasso ont été examinées. Les évaluateurs ont apprécié la qualité journalistique, la pertinence des sujets, la rigueur de l’enquête, le respect de l’éthique, l’originalité de l’approche ainsi que l’impact social potentiel des productions.
Le premier prix de la catégorie radio est revenu à Drissa Diallo, de Radio Yeelen de Kadiolo, pour son reportage « Un vocal qui divise : quand les mots deviennent des armes sur les réseaux sociaux ». Le journaliste explique avoir enquêté à partir d’un message vocal enregistré au Burkina Faso puis largement relayé dans des groupes WhatsApp au Mali. « À travers ce reportage, j’ai recueilli les témoignages des personnes touchées par ce vocal, mais aussi ceux d’analystes, de spécialistes des réseaux sociaux et d’acteurs engagés dans la promotion de la paix. L’objectif était de montrer les conséquences de la désinformation et des discours de haine sur le vivre-ensemble. »
Le lauréat estime que cette distinction constitue un encouragement à poursuivre son engagement. « Cette récompense représente une reconnaissance du travail accompli et m’engage à poursuivre mes efforts en faveur d’un journalisme responsable au service de la paix et de la cohésion sociale. »
Mettre en lumière les initiatives locales
Deuxième de la catégorie « Promotion du genre », la journaliste de Radio Klédu, Rokia Doumbia, a été distinguée pour son reportage « Paix et cohésion sociale au Mali : la jeunesse de Mopti refuse de céder à la division ». Sa production met en avant les initiatives des jeunes de Mopti en faveur de la paix. « Ce prix me fait vraiment plaisir. Il montre que ce sujet est important. Nous ne cesserons jamais de parler de paix et de cohésion sociale au Mali. Nous devons aussi accorder davantage d’attention aux régions du Nord afin de montrer comment les communautés s’adaptent aux situations de conflit. »
Tout en saluant l’engagement des journalistes, le jury relève plusieurs insuffisances, notamment une documentation parfois limitée, un manque de profondeur dans certaines enquêtes et une utilisation excessive d’outils d’intelligence artificielle ayant nui à l’originalité de quelques productions. Il recommande de renforcer les formations sur les techniques d’enquête, la vérification des faits et l’utilisation responsable des outils numériques.
À travers cette distinction, ORFED et EIRENE entendent faire du journalisme sensible aux conflits un levier de prévention des violences et de consolidation de la paix à travers la thématique Médias et Communication pour la paix (MeCoPa).
Pour les organisateurs comme pour les lauréats, les médias ont un rôle essentiel à jouer dans la construction d’un débat public apaisé et dans le renforcement de la cohésion sociale au Mali.
