Mame Diarra Diop, une plume au chevet du journalisme malien
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Mame Diarra Diop, une plume au chevet du journalisme malien

Dans son nouveau livre « Chroniques d’une journaliste citoyenne du monde » (La Sahélienne, 2026), la journaliste Mame Diarra Diop revient sur une carrière menée entre Bamako, Abidjan, Paris, Washington ou Addis-Abeba, et livre un plaidoyer exigeant sur les fondamentaux du métier, la liberté de la presse et la survie économique des médias au Mali.

Le nom de Mame Diarra Diop n’est pas inconnu dans le paysage médiatique malien. Pigiste pour RFI, présentatrice sur Africable TV, rédactrice en chef au Journal du Mali puis coordinatrice de Mikado FM, la radio des Nations unies au Mali, elle a arpenté les rédactions de plusieurs continents avant de rassembler, dans un ouvrage récemment publié, les leçons tirées de ce long compagnonnage avec l’actualité.

Le livre entraîne le lecteur d’Abidjan à Paris, d’Accra à Washington, en passant par Addis-Abeba ou Madrid, et nous livre les coulisses de certains évènements quelle a eu à couvrir sur différents continents : visite d’Obama au Ghana, congrès de l’Union africaine, émigration irrégulière vers l’Europe, euphorie de la Coupe d’Afrique des Nations en Côte d’Ivoire, élection de Donald Trump face à Kamala Harris… Mais l’autrice ne se contente pas de dérouler un récit de carrière : elle y déroule une réflexion sur les défis structurels auxquels sont confrontés les Sahéliens — terrorisme, guerre informationnelle, départ de la Minusma du Mali — et, plus particulièrement, ceux qui pèsent sur la profession de journaliste : précarité, guerre informationnelle, censure, autocensure, déontologie.

Les fondamentaux d’un métier sous tension

Les chroniques de Mame Diarra Diop sont parsemées de nombreux conseils aux jeunes journalistes, à qui l’auteure rappelle sans détour les règles qu’elle juge non négociables. « Le journalisme mène à tout à condition de saisir les opportunités. Mais nous devons garder à l’esprit les fondamentaux du métier. Raconter les faits, rien que les faits, est notre règle car nous faisons un métier noble », écrit-elle, comparant la déontologie journalistique au serment d’Hippocrate.

Elle insiste également sur la nécessité de maîtriser l’écriture comme socle du métier, quelle que soit la spécialité choisie — télévision, radio ou grand reportage — et sur la nécessité d’une culture générale solide, qu’aucun diplôme ne peut à lui seul garantir. Sur ce point, elle interroge la pertinence de certaines filières journalisme-communication proposées par des structures privées, saluant en revanche le rôle de l’Université catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO) et de l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC) dans la formation des jeunes journalistes.

La liberté de la presse malienne à l’épreuve

Dans le chapitre dédié à l’avenir de la presse malienne, Mame Diarra Diop y décrit une profession sous surveillance, où « la voix des civils s’atténue, que ce soit celle des journalistes ou des acteurs de la société civile et des politiques ». Elle confie avoir elle-même pratiqué l’autocensure « face à un contexte non favorable », et raconte avoir été prise à partie, y compris par des proches, accusée de manquer de patriotisme après des années consacrées, selon elle, au service du pays.

Elle porte également un regard critique sur la Haute autorité de la communication (HAC), qu’elle juge « parfois prise dans les feux politiques » et dont l’indépendance a, selon elle, été mise à mal dans « l’affaire Djoliba TV ».

Un modèle économique à réinventer

Au-delà des questions de liberté d’expression, l’autrice s’attarde longuement sur la survie économique des médias. Elle cite une étude du Centre d’étude et de renforcement des capacités d’analyse et de plaidoyer (Cercap), selon laquelle le salaire moyen d’un journaliste confirmé travaillant dans un quotidien malien s’élèverait à 84 000 FCFA. Elle aurait pu citer aussi le rapport 2025 de l’UJRM, qui note que les salaires des journalistes au Mali sont souvent inférieurs au SMIG et que plus de 70 % d’entre eux ne bénéficient pas de couverture sociale.

Face à cette précarité, elle appelle les entrepreneurs de presse à construire de véritables groupes viables sur le long terme, citant en exemple les modèles d’abonnement payant développés ailleurs par Le Monde, Libération ou Mediapart — un modèle encore marginal au Mali, reconnaît-elle, « mais rien n’interdit de rêver ».

Le livre consacre aussi de belles pages à la Maison de la presse, décrite comme un « arbre à palabre » où se règlent les revendications de la profession, tout en pointant les rivalités entre faîtières qui, selon l’autrice, fragilisent l’ensemble du secteur.

Une contribution utile, malgré quelques failles

En annexe, le livre reprend des extraits du mémoire que Mame Diarra Diop a présenté à l’issue de son master en management des médias à l’École de journalisme de Lille, consacré à la création du Journal du Mali. Le lecteur y découvre les coulisses d’un projet ambitieux, pensé comme gratuit à la fois en ligne et sur papier, sans toutefois savoir si toutes ses ambitions économiques ont été tenues.

On regrettera que l’ouvrage n’en dise pas davantage sur la nature des relations de ce titre avec le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keita, alors que son fondateur, Mahamadou Camara, a occupé le poste de ministre de l’Économie numérique, de l’Information et de la Communication entre 2014 et 2015, après avoir été directeur de cabinet du président de la République. Quelques imperfections formelles, notamment une bibliographie sélective qui ne suit pas tout à fait les standards du genre, auraient pu être corrigés.

Ces réserves n’enlèvent rien à l’essentiel : à l’heure où les médias sahéliens cherchent leur voie de survie, cet ouvrage constitue une contribution précieuse à la réflexion collective sur l’avenir du journalisme au Mali.

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