Le 26 septembre, l’Union des journalistes reporters du Mali a réuni des professionnels à Bamako pour les sensibiliser sur la Convention collective de la presse, adoptée en 2009 et largement ignorée. Une commission de la Maison de la presse prépare déjà sa relecture. Dix-sept ans après son adoption, la question la plus pressante reste pourtant celle de son application.
Le samedi 26 septembre, l’Union des journalistes reporters du Mali (UJRM) a tenu à Bamako une conférence de sensibilisation sur la Convention collective de la presse. Dans son mot d’ouverture, son président, Boubacar Kanouté, a rappelé que l’organisation avait constaté, dans son rapport de 2025 sur les conditions de vie et de travail des journalistes, que beaucoup de professionnels ignorent l’existence de ce texte, pourtant adopté en 2009. Il a regretté que « ce manque de connaissances concerne un texte qui touche directement aux droits, aux obligations et aux conditions de travail des professionnels des médias ».
L’UJRM, a-t-il expliqué, se doit de créer « un espace permettant aux journalistes et reporters de comprendre ces documents, d’en mesurer la portée et surtout de réfléchir à ses insuffisances au regard des réalités actuelles de notre profession ». Il souhaite que la convention cesse de dormir dans les tiroirs des rédactions. Elle doit être, a-t-il dit, « connue, comprise et appliquée ».
Boubacar Kanouté estime aussi que le monde de la presse a profondément changé depuis 2009 : réalités économiques des entreprises, numérique, nouveaux métiers, exigences professionnelles. La relecture du texte est selon lui « devenue une nécessité ». Au même moment, des sections régionales de l’UJRM menaient des sessions de sensibilisation sur la même convention, notamment à Kayes, Koutiala, Ségou et Sikasso.
Une relecture déjà engagée
La veille, Benbere organisait un afterwork sur le même sujet, avec pour invité Boubacar Yalkoué, président de l’Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP). Celui-ci a indiqué que son organisation ne s’opposait pas à une révision, mais que le moment était mal choisi. Les entreprises de presse évoluent dans un contexte économique difficile, a-t-il expliqué, et beaucoup n’ont pas les moyens d’offrir les conditions de travail que prévoit la convention. Il a aussi expliqué que pour qu’une telle convention soit appliquée, les entreprises de presse doivent bénéficier d’une aide consistante de l’État qui, depuis quelques années, n’a pas débloqué l’aide publique à la presse.
Cette activité intervient un mois après la décision n° 005-2026 du 28 août, par laquelle le président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, a créé une commission ad hoc chargée de la relecture du texte, expliquant avoir pris cette décision après avoir été saisi par l’Union nationale des journalistes du Mali (UNAJOM). Présidée par Abdoulaye Séga Diabaté, avec Assane Koné comme rapporteur, la commission ad hoc compte quatre autres membres : Dado Camara, Mamoudou Bocoum, ainsi que Boubacar Yalkoué et Boubacar Kanouté.
La commission doit examiner la convention en vigueur, repérer les dispositions à actualiser, recueillir les propositions des parties prenantes et élaborer un projet révisé, à soumettre à validation. Son mandat court sur 90 jours à compter du 28 août, et peut être prorogé par le président de la Maison de la presse.
Ce que dit le texte
Selon son article premier, la convention « régit les rapports de travail entre les employeurs et les travailleurs des Entreprises de presse exerçant leur activité sur l’étendue du territoire de la République du Mali ». Elle exclut les personnes rétribuées exclusivement à la tâche ou à la pièce, lorsqu’elles n’ont pas la qualité de travailleurs au sens du Code du travail.
Le texte garantit la liberté syndicale et la liberté d’opinion. Il protège le secret des sources dans les limites fixées par la loi, interdit d’exiger d’un journaliste de la publicité rédactionnelle signée et permet à un salarié en désaccord avec un changement manifeste de ligne éditoriale de faire constater la rupture de son contrat du fait de l’employeur.
Côté obligations, la convention impose un écrit pour les contrats à durée indéterminée et prévoit que l’employeur immatricule ses salariés à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS), souscrive une assurance couvrant les accidents liés à l’activité et verse une indemnité de départ à la retraite. Elle comporte enfin une grille de salaires minimaux. Pour la catégorie A, celle des titulaires d’une licence ou d’une maîtrise, le minimum démarre à 89 000 F CFA et progresse selon la classe et l’échelon, jusqu’à plus de 200 000 F CFA dans les classes supérieures.
Dix-sept ans de textes sans effets
Le rapport de 2025 de l’UJRM, cité plus haut, montre que plus de 70 % de journalistes ne bénéficient pas de couverture sociale et que leurs salaires sont souvent inférieurs au SMIG et irréguliers. Ils n’ont donc pas accès dans les conditions prévues à l’assurance maladie obligatoire, et ne se constituent aucun droit à la retraite.
Beaucoup de médias sont gérés de façon informelle, avec le seul objectif de faire vivre le fondateur du media en question, en négligeant les intérêts des autres travailleurs. Conséquence : les journalistes frustrés quittent le média, vont créer eux-mêmes leur propre journal ou radio pour devenir leur propre chef, d’où la prolifération de médias sans journalistes et de journalistes sans salaire, dont la qualité des productions reste à désirer.
Les efforts de l’UJRM pour plaider pour le bien-être des journalistes est à saluer. Les droits des journalistes sont bafoués, non pas parce qu’il manque des textes, mais parce que les textes en vigueur ne sont pas appliqués.
Un enjeu démocratique
L’argument des patrons de presse sur la difficulté du contexte économique est recevable. Mais il n’explique pas, à lui seul, la précarité dans laquelle vivent tant de journalistes. Le débat ne devrait pas se limiter à la nécessité de réviser la convention : il doit d’abord porter sur les raisons pour lesquelles celle qui existe n’est pas appliquée. Réviser une Convention qui restera encore dans les tiroirs ne serait qu’une perte de temps et d’énergie.
L’enjeu dépasse le bien-être des salariés. Un journaliste mal payé et sans protection sociale a peu de chances de produire une information de qualité, et d’être le quatrième pouvoir qu’il est supposé être. Journalistes, patrons de presse et État ont donc intérêt à s’accorder sur les conditions d’un journalisme solide, sans lequel la démocratie ne peut pas avancer.
Reste une vigilance nécessaire : les manquements à la convention ne doivent pas servir de prétexte pour faire taire des médias déjà fragilisés. Un texte révisé ne changera rien à la situation des journalistes s’il n’est pas assorti de moyens de contrôle et d’application.
