Après les attaques au Mali, la bataille invisible des récits
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Après les attaques au Mali, la bataille invisible des récits

Le 25 avril 2026, le Mali a subi des attaques coordonnées dans plusieurs localités. Mais avant même la réaction officielle, une autre offensive s’est imposée : celle des images, des rumeurs et des récits. Trois jours plus tard, l’intervention du président Assimi Goïta est venue tenter de reprendre la main. Décryptage d’une séquence où la guerre se joue aussi sur les téléphones.

Le 28 avril au soir, le président Assimi Goïta s’adresse à la Nation. Il évoque des attaques « complexes, coordonnées et simultanées » et assure que « la situation est maîtrisée » grâce à l’action des Forces armées et de sécurité.

Mais ce discours arrive après trois jours d’intense circulation d’informations. Entre le choc initial et cette prise de parole, les perceptions se sont déjà cristallisées. Le chef de l’État ne s’exprime donc pas sur un terrain vierge. Il intervient dans un espace saturé, où les images ont déjà façonné les émotions et les interprétations.

C’est tout l’enjeu : comment rétablir des faits quand les récits circulent plus vite que les institutions ?

Terrain sécurisé, récit disputé

Dans son allocution, le président insiste sur la cohésion des forces engagées et met en garde contre la désinformation, qualifiée d’« arme au service des terroristes ». Sans la nommer explicitement, il décrit une guerre informationnelle.

Une guerre où l’objectif n’est pas seulement de frapper, mais de faire peur, de semer le doute et de diviser. Cette reconnaissance est importante. Elle rejoint le quotidien de nombreux Maliens confrontés, sur leurs téléphones, à des contenus difficiles à vérifier.

Mais le discours reste à un niveau politique et moral. Il alerte plus qu’il n’outille. Or, face à la rapidité des réseaux, l’appel à la vigilance, aussi juste soit-il, ne suffit plus.

Sur le plan militaire, le message est clair : continuité de l’État, capacité de réponse, opérations en cours. Mais sur le plan symbolique, la situation est plus fragile. Pourquoi ? Parce que ce qui n’est pas visible est souvent perçu comme inexistant. Pendant que les forces armées intervenaient, d’autres filmaient. Certaines images visaient à informer, d’autres à choquer — ou à manipuler.

Le discours officiel vient affirmer une réalité. Mais il ne produit pas d’images capables de rivaliser avec celles déjà diffusées. Dans cette nouvelle grammaire du conflit, l’émotion visuelle précède souvent la vérité factuelle.

Une ligne rouge face aux dérives

Un des angles les plus forts, quoique implicite, du discours présidentiel concerne les dérives observées après les attaques. En appelant à rejeter la division, les amalgames et la violence gratuite, Assimi Goïta trace une ligne claire : la justice populaire et la haine communautaire ne servent pas l’État. Cela fait écho aux images qui ont circulé : corps exposés, individus battus et présentés comme des « terroristes » sans procédure, appels à la vengeance. Ces contenus n’ont rien renforcé. Ils ont fragilisé. Le discours rappelle que la légitimité de la force repose sur ses limites. Une vérité simple, mais politiquement lourde.

Le 25 avril n’a pas montré un État vaincu. Il a montré un État à l’épreuve d’une transformation profonde de la guerre. L’adresse à la Nation a tenté de reprendre la main sur le récit, rassurer sans nier la gravité, appeler à l’unité face à la désinformation.

Mais elle révèle aussi un défi structurel : on ne gouverne plus seulement avec des décisions et des armes, mais avec des récits, des silences et des images.

Un État fort n’est pas celui qui frappe sans limites. C’est celui qui combat sans devenir ce qu’il combat. Le discours d’Assimi Goïta rappelle cette boussole : refuser la haine, refuser la barbarie, refuser les amalgames. Ce n’est pas une faiblesse, c’est un positionnement stratégique qui rassure.

La sécurité durable repose autant sur la légitimité que sur la force. Et la légitimité se construit aussi par les mots que l’on choisit, les images que l’on produit… et celles que l’on refuse de relayer.

Le 25 avril est passé. Mais la guerre du récit, elle, ne fait que commencer.

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