L’hypothèse d’une intervention américaine contre le Jnim au Mali a immédiatement ravivé les clivages entre partisans de Washington et de Moscou sur les réseaux sociaux. Pourtant, au-delà des rivalités entre grandes puissances, une question devrait primer : cette coopération servirait-elle les intérêts du Mali dans la « lutte contre le terrorisme » ?
Fin juillet, plusieurs médias américains ont révélé que l’administration Trump étudiait des options militaires au Mali – notamment des frappes contre des positions du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim).
À peine l’information diffusée, les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Beaucoup y ont vu moins une opération de lutte contre le terrorisme qu’une tentative de Washington de « contrer l’influence russe au Sahel ». Sur X, un internaute a même écrit : « Quand un renard veut embrasser une poule par amour, c’est dans l’intention de l’étrangler. » Cette lecture a également été relayée par la chaîne russe Sputnik Africa, citant un blogueur malien.
Ces réactions sont dans une logique d’alignement stratégique ou même de guerre informationnelle, et leur message pourrait se résumer ainsi : puisque nous sommes avec la Russie, et que la Russie est un rival des États-Unis, nous décidons de rejeter l’aide américaine.
Remettre les intérêts du Mali au centre
Je pense, pourtant, que cette approche passe à côté de l’essentiel. Le débat ne devrait pas être de savoir si une proposition vient de Washington ou de Moscou, mais si elle répond aux besoins du Mali. La vraie question est simple : une coopération avec les États-Unis pourrait-elle renforcer la « lutte contre le terrorisme » ? À mes yeux, la réponse est oui.
Les États-Unis disposent de capacités reconnues, notamment en matière de renseignement, de surveillance et d’appui technologique. Si ces moyens peuvent contribuer à améliorer la sécurité du Mali, il serait difficile de les écarter au seul motif que Washington entretient des relations conflictuelles avec Moscou.
Les Russes, comme les Américains, défendent avant tout leurs propres intérêts stratégiques. Il appartient donc au Mali de distinguer les intérêts de ses partenaires des siens. L’objectif ne devrait pas être de choisir un camp, mais de travailler avec tous les acteurs susceptibles d’apporter une contribution utile à la « lutte contre le terrorisme », dans le respect de la souveraineté nationale.
La coopération plutôt que les logiques de blocs
Si les États-Unis et la Russie affirment tous deux vouloir lutter contre le terrorisme au Sahel, rien ne devrait empêcher une coopération sur cet objectif commun, malgré leurs profondes divergences sur d’autres dossiers, notamment la guerre en Ukraine.
Cette perspective peut sembler idéaliste au regard des rapports de force internationaux. Pourtant, les populations maliennes attendent avant tout des résultats concrets. Elles ont davantage besoin d’une amélioration de leur sécurité que d’une nouvelle démonstration des rivalités géopolitiques entre grandes puissances.
Je salue, à cet égard, la position du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, qui n’a pas fermé la porte à une éventuelle coopération avec Washington tout en rappelant un principe essentiel : toute initiative doit partir des besoins exprimés par le Mali. « Nous attendons de voir quelle posture le gouvernement américain aura… La moindre chose que nous pouvons attendre d’un partenaire est de venir demander au Mali de quoi il a besoin », a-t-il déclaré.
Cette approche me paraît relever du pragmatisme plutôt que de l’alignement. Au fond, le débat ne devrait pas opposer les partisans de la Russie à ceux des États-Unis. Il devrait porter sur une seule question : quelle coopération sert le mieux les intérêts du Mali ?
On dit souvent que « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » Si une coopération avec les États-Unis peut renforcer les capacités du Mali face au terrorisme, pourquoi s’en priver ? Défendre l’intérêt national suppose précisément de savoir distinguer les rivalités des grandes puissances des priorités du pays.
