Le 7 septembre 2023, le bateau Tombouctou était la cible d’une attaque terroriste dans la région de Gao. Le bilan, plusieurs dizaines de morts parmi les civils, avait conduit les autorités de la transition à décréter un deuil national de trois jours. Trois ans après ce drame, resté l’un des plus meurtriers commis contre des populations civiles au Mali, Mohamed Touré s’interroge : que faire de ces vestiges ?
Simple relique vouée à l’oubli, ou lieu de mémoire à préserver pour les rescapés, les familles des victimes et les générations à venir ? Jour après jour, année après année, certains souvenirs demeurent intacts. Le temps passe, mais certaines douleurs refusent de disparaître.
La tragédie du bateau Tombouctou reste l’une des plus poignantes de l’histoire récente de notre pays. Ses conséquences continuent de marquer les rescapés, les familles lourdement endeuillées, les populations riveraines du fleuve Niger et, au-delà, le Mali tout entier.
Mais au-delà du drame, aussi douloureux soit-il, le bateau Tombouctou représentait bien plus qu’un simple moyen de transport.
Un bateau, un lien, un espoir
Pour les populations riveraines, de Koulikoro jusqu’à Gao, le Tombouctou était une véritable institution. Pendant des années, il a sillonné une grande partie du pays, reliant le Sud au Nord en passant par le Centre. À son bord voyageaient des hommes, des femmes, des enfants et des marchandises. Mais il transportait aussi des histoires, des rencontres, des retrouvailles et des espoirs.
Le bateau Tombouctou faisait partie du quotidien de milliers de Maliens. Il constituait un lien entre les territoires et les communautés, un trait d’union entre les différentes rives du fleuve Niger et entre le Sud et le Nord du pays.
Pour beaucoup, il symbolisait les voyages, le commerce, les départs et les retours. À son bord se croisaient des destins différents, des communautés différentes, mais réunis par le même fleuve et par une histoire commune.
Il représentait surtout un espoir : celui de pouvoir circuler, commercer, retrouver les siens et maintenir les liens entre les communautés vivant le long du Niger.
De l’espoir à la désolation
Aujourd’hui, de cette histoire ne restent malheureusement que la douleur, les souvenirs et la désolation. Le bateau qui représentait autrefois la vie, le mouvement et l’espoir est désormais une épave abandonnée, portant silencieusement les traces d’une tragédie qui a profondément marqué notre pays.
Pourtant, cette épave devrait-il être considérée comme un simple vestige oublié? Cette question prend une dimension particulière pour celles et ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre, été aux côtés des rescapés et des familles touchées par cette tragédie.
Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’histoire ou de patrimoine. Il s’agit de mémoire, de dignité et de devoir de transmission. C’est pourquoi certaines questions méritent aujourd’hui d’être posées : quel avenir voulons-nous donner aux vestiges du bateau Tombouctou ? Pourquoi ne pas préserver ce qui reste du bateau Tombouctou ? Pourquoi ne pas en faire un véritable lieu de mémoire dédié aux victimes, aux rescapés et à toutes les familles touchées par cette tragédie ?
À mon humble avis, le site et les vestiges du bateau Tombouctou mériteraient d’être préservés et valorisés comme un patrimoine historique et culturel important de notre pays.
À terme, pourquoi ne pas envisager une démarche de reconnaissance patrimoniale, voire une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, si une telle initiative répond aux critères et aux conditions requis ?
L’objectif ne serait pas simplement de conserver une épave. Il s’agirait de créer autour de ce lieu un véritable espace de mémoire, de recueillement et de transmission. Un endroit où les familles des victimes pourraient venir se recueillir. Un endroit où les rescapés pourraient transmettre leur histoire.
Un endroit où les jeunes générations pourraient apprendre, comprendre et se souvenir. Un endroit, enfin, où les visiteurs venus du Mali et d’ailleurs pourraient mesurer la portée de cette tragédie et rendre hommage aux victimes. Car certaines tragédies ne doivent pas seulement être racontées. Elles doivent aussi être inscrites dans la mémoire collective.
Il faudra également préserver la parole de celles et ceux qui ont vécu cette tragédie : les rescapés, les familles des victimes, les populations riveraines et toutes les personnes qui, dans les jours et les années qui ont suivi, se sont mobilisées pour accompagner les victimes et leurs proches.
