Corruption : quand les femmes font de l’information un outil de contrôle citoyen
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Corruption : quand les femmes font de l’information un outil de contrôle citoyen

Sensibiliser au paiement des taxes locales, promouvoir la redevabilité ou encore briser le silence autour de la sextorsion. Au Mali, Fatoumata Cissé et Djélika Traoré font de l’engagement communautaire un levier de changement. À travers leurs initiatives respectives, ces femmes leaders cherchent à renforcer la participation citoyenne et à faire de la transparence une exigence collective.

Une femme qui découvre pourquoi elle doit contribuer au développement de sa commune. Une autre qui comprend qu’un abus de pouvoir à caractère sexuel est aussi une forme de corruption. Derrière ces deux situations, une même ambition : informer les populations pour qu’elles connaissent leurs droits, assument leurs responsabilités et demandent des comptes.

Fatoumata Cissé, membre du Conseil national de la jeunesse et présidente de l’association Action Jeunesse et Féminine du Mali (AJF Mali), sensibilise les communautés aux taxes de développement régional et local (TDRL) et à la redevabilité. Djélika Traoré, coordinatrice de l’association El Protect, porte de son côté une initiative consacrée à la sextorsion.

Des taxes que l’on paie sans savoir a quoi elles servent

Fatoumata Cissé, dite Fatim, privilégie les causeries éducatives, les rencontres communautaires et les échanges directs avec les habitants de la Commune II du district de Bamako, mais aussi hors de la capitale. Elle travaille avec d’autres associations, des leaders communautaires et les autorités locales pour expliquer le rôle des TDRL dans le financement des infrastructures et des services sociaux de base. « Ces échanges ont révélé que beaucoup de personnes connaissaient peu, voire pas du tout, ces taxes et leur rôle dans le développement local », explique-t-elle. D’où sa conviction : « Il est essentiel que les citoyens comprennent pourquoi ils payent les taxes et qu’ils puissent constater les résultats de leurs contributions. »

Kotin Sinayoko, secrétaire, a suivi ces sessions de sensibilisation. « Je n’avais jamais payé de TDRL et je ne savais pas que la population pouvait demander des comptes aux agents des mairies sur la gestion de la cité. C’est grâce à AJF que j’ai compris, et je m’y intéresse désormais », témoigne-t-elle.

L’ambition de Fatoumata Cissé va au-delà du paiement de l’impôt. « Je souhaite que les populations puissent exprimer leurs besoins, participer aux décisions et demander des comptes sur la gestion des ressources communales », précise-t-elle. Pour elle, la fiscalité locale doit s’accompagner d’une relation de confiance entre citoyens et autorités.

Sextorsion : nommer une forme de corruption qui reste taboue

Avec son initiative « Genre et équité : Femmes face à la corruption », soutenue par le programme LUCCEI 2 (Lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite), Djélika Traoré s’attaque à une pratique difficile à dénoncer. La sextorsion consiste à abuser d’une position d’autorité pour obtenir des faveurs sexuelles en échange d’un service, d’un avantage ou d’une décision. Les femmes et les filles y sont particulièrement exposées, en raison des inégalités de genre et d’un accès parfois limité aux mécanismes de protection et de recours. « La corruption ne se manifeste pas uniquement à travers les transactions financières. Elle peut aussi prendre la forme d’un abus de pouvoir qui porte atteinte à la dignité, aux droits et aux opportunités des femmes », souligne la coordinatrice d’El Protect.

Causeries, vidéos, réseaux sociaux : un premier bilan

L’initiative s’est traduite par des causeries-débats et éducatives, la production de vidéos et des publications sur les réseaux sociaux. « En présentiel, 20 personnes, dont 11 femmes et 9 hommes, ont été touchées et la campagne numérique a atteint plus de 100 000 personnes », précise Djélika Traoré.

Elle rapporte que certaines réactions en ligne venaient de personnes qui découvraient la sextorsion. Des orientations ont aussi été faites vers Kénékanko, une application de lutte contre la corruption et les violations des droits de l’homme.

S’engager sur la gouvernance et la corruption exige de la persévérance. Selon Djélika Traoré, l’une des principales difficultés a été la réticence de certaines autorités judiciaires et de personnes expertes du sujet à s’exprimer publiquement sur la sextorsion. Fatoumata Cissé, elle, insiste sur la nécessité de mieux informer les populations et de renforcer la participation des femmes et des jeunes aux décisions locales, en s’appuyant sur les organisations communautaires et les autorités locales pour lever les obstacles liés à la non-implication.

Des autorités aussi tenues de rendre des comptes

Pour Fatoumata Cissé, les citoyens ne doivent pas être de simples bénéficiaires des actions de développement. Son association organise donc des cadres d’échanges entre la population et la municipalité. « À chaque rencontre, on profite de la présence des autorités locales pour qu’elles reviennent sur leurs réalisations, mais aussi sur le budget », explique-t-elle.

Djélika Traoré défend la même logique : les personnes investies d’une autorité doivent répondre de leurs actes, et les victimes d’abus doivent pouvoir être écoutées, protégées et orientées vers des recours adaptés. Les deux jeunes femmes plaident ainsi pour une gouvernance où la responsabilité ne pèse pas uniquement sur les citoyens. S’ils doivent comprendre leurs obligations et participer au développement local, les autorités doivent elles aussi agir avec transparence.

Pour la suite, Fatoumata Cissé entend, à travers AJF Mali, renforcer le leadership féminin et la participation des femmes et des jeunes à la gouvernance locale. Djélika Traoré veut poursuivre les campagnes sur les droits des femmes, développer des partenariats et obtenir que la sextorsion soit mieux prise en compte dans les stratégies de lutte contre la corruption.

Les résultats durables de ces engagements restent à consolider et à mesurer. Ces initiatives rappellent néanmoins que la participation des femmes ne se limite pas à leur présence dans les instances de décision : elle se construit aussi dans les associations, les échanges communautaires et les actions qui rendent visibles des problèmes peu discutés.

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