Zahra Haidara, la Malienne qui fait des cheveux crépus une cause
article comment count is: 0

Zahra Haidara, la Malienne qui fait des cheveux crépus une cause

Installée au Canada depuis 2016, Zahra Haidara, connue en ligne sous le nom d’UNEZAHRA, parle de cheveux crépus à plus d’un million d’abonnés sur TikTok. Challenges gratuits, journées de soins au Mali, bijoux assemblés à la main : elle raconte comment un apprentissage solitaire est devenu un mouvement.

Le point de départ est un manque. « Quand j’ai commencé mon aventure capillaire, il y avait très peu de ressources en français accessibles sur l’entretien des cheveux crépus », explique-t-elle. Ne maîtrisant pas l’anglais à l’époque, elle dit avoir « énormément galéré » et fait « beaucoup d’erreurs ». Elle a alors commencé a partagé sur ses différents médias sociaux ce qu’elle apprenait pour épargner ces pièges aux débutantes.

Zahra est née et a grandi à Bamako. Sa mère est malinké, son père songhaï, originaire de Tombouctou. Elle arrive au Canada en 2016 pour poursuivre ses études universitaires. C’est là que commence ce qu’elle appelle son « aventure capillaire ». Son nom d’artiste : « Zahra signifie “fleur” en arabe. Donc “Une Zahra”, c’est tout simplement “Une fleur” », explique-t-elle à Benbere.

Plus d’un million d’abonnés

Zahra compte un million d’abonnés sur TikTok, 368 000 sur Instagram, 194 000 sur YouTube et 191 000 sur Facebook. Riche de sa grande communauté de followers, elle a lancé Afro Love, un mouvement pour la fierté et l’acceptation des cheveux crépus. Il s’appuie sur des challenges annuels : NappyGrin en 2024, une version simplifiée en 2025, puis en 2026 un challenge capillaire, une édition consacrée aux locks et la « Méthode UNEZAHRA ».

Tout est gratuit, insiste-t-elle. « Tous mes challenges capillaires sont entièrement gratuits, et la Méthode UNEZAHRA est également accessible gratuitement. » Selon ses statistiques, « au moins 100 000 personnes » ont participé à l’édition de cette année, et le cumul des participations depuis le début « dépasse facilement les 500 000 ».

L’objectif, dit-elle, est de « rendre les connaissances sur l’entretien des cheveux crépus accessibles au plus grand nombre, indépendamment des moyens financiers de chacun ».

Des journées de soins en présentiel

Afro Love ne vit pas seulement sur les écrans. « Le Mali est jusqu’à présent le seul pays dans lequel j’ai organisé des séances Afro Love en présentiel en 2025 », précise Zahra. Ces rencontres gratuites durent une journée : soins, démonstrations, préparation de certains produits soi-même, et un moment passé ensemble.

Voit-elle une différence entre le regard porté sur ces cheveux au Mali et au Canada ? Pas vraiment. Partout, dit-elle, on retrouve les mêmes idées reçues : des cheveux « difficiles à entretenir », « difficiles à coiffer », et le réflexe de croire qu’un défrisage ou une coiffure protectrice est nécessaire pour être bien coiffée. « Les contextes culturels peuvent varier, mais les préjugés se ressemblent beaucoup. »

À une jeune Malienne qui hésite à assumer ses cheveux à l’école, au travail ou en famille, elle conseille « simplement de commencer ». Inutile d’adopter tout de suite une routine complète : hydrater régulièrement suffit pour débuter, puis on ajoute des étapes. Et « l’amour de ses cheveux finit souvent par venir naturellement ».

TR.I.BU, des bijoux assemblés au Mali

Zahra Haidara dirige aussi TR.I.BU, une marque de bijoux inspirée des héritages africains. Elle conçoit les modèles, où qu’elle se trouve. Les pièces sont assemblées à la main au Mali, où se trouvent la boutique et l’équipe. Pour certains articles, notamment les pendentifs, elle collabore avec des artisans maliens, d’autres pays africains et d’ailleurs.

Sur le financement, la réponse tranche avec l’image de l’influenceuse qui monétise son audience : « Ce n’est pas mon audience sur les réseaux sociaux qui m’a permis de financer mon premier projet entrepreneurial. » Elle a travaillé deux ans dans une banque au Canada, et mis de côté presque tous ses salaires, son mari prenant en charge les dépenses du quotidien. Ses parents l’ont soutenue financièrement et par leurs contacts. À l’époque, précise-t-elle, son audience était « encore loin » de celle d’aujourd’hui.

Aux jeunes maliennes tentées par la création de contenu, Zahra rappelle que c’est « un métier qui demande énormément de travail, de rigueur, de créativité et surtout de constance ».

Il faut, selon elle, « pouvoir continuer à créer même lorsque les résultats ne sont pas immédiatement au rendez-vous », et surtout s’intéresser réellement au sujet dont on parle. L’essentiel, ajoute-t-elle, est de bâtir une activité autour de ce que l’on aime, que ce soit sur les réseaux, par l’entrepreneuriat ou ailleurs.

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion