Face aux discours de haine, le danger de notre silence
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Face aux discours de haine, le danger de notre silence

Lorsque les messages haineux circulent massivement, ils peuvent transformer la frustration en rejet, ensuite en violence. Dans des sociétés où les peuples sont liés par tant d’histoires, céder aux appels à la stigmatisation revient à fragiliser les fondements mêmes de notre coexistence.

« La civilisation de l’universel sera l’œuvre de tous, de toutes les races, de toutes les cultures », écrit Léopold Sédar Senghor dans son livre Liberté I : Négritude et Humanisme. Cette citation rappelle que le progrès humain ne naît pas de l’exclusion mais de la rencontre.

Bien avant la délimitation des frontières modernes, les peuples du continent circulaient, commerçaient, échangeaient leurs savoirs et construisaient ensemble des espaces de vie communs. Nos marchés traditionnels, nos routes ensablées, nos villages et nos villes ont tous favorisé les brassages communautaires, linguistiques et culturelles.

Un prétexte à la haine 

Dans nos quartiers vivent des familles venues d’horizons différents. Des commerçants s’installent loin de leur terre natale. Des étudiants poursuivent leurs études dans d’autres pays. Des travailleurs traversent les frontières à la recherche d’opportunités. Des amitiés se nouent, des solidarités naissent et des mariages unissent des personnes de nationalités différentes.

Combien de familles maliennes comptent aujourd’hui un gendre, une belle-fille, un cousin ou un petit-enfant originaire d’un autre pays ? Combien d’enfants sont nés de l’union de parents venus de cultures différentes ? Ces enfants portent en eux plusieurs héritages à la fois. Ils incarnent une Afrique qui ne se résume pas aux frontières administratives, mais qui se construit dans le partage et la rencontre.

Pendant les périodes de tension, il arrive que certains cherchent à désigner des responsables collectifs à des problèmes complexes. La colère se transforme alors en méfiance, puis en rejet. Des individus sont jugés non pas sur leurs actes, mais sur leur origine réelle ou supposée. L’« étranger » devient suspect, parfois même ennemi, simplement parce qu’il appartient à une autre communauté nationale.

L’histoire récente du continent nous enseigne pourtant les conséquences dramatiques de cette logique. Les violences xénophobes, qui ont éclaté à plusieurs reprises en Afrique du Sud, ont montré comment les frustrations sociales peuvent se transformer en attaques contre des populations étrangères, entraînant pertes humaines, destructions de biens et déplacements forcés. Ces événements ont laissé des blessures profondes et rappelé qu’aucune société ne sort gagnante lorsque la haine prend le pas sur la raison.

Défendre l’humanité

Les réseaux sociaux offrent aujourd’hui une tribune à chacun. Ils permettent de s’informer, de débattre et de partager des expériences. Mais ils peuvent aussi devenir des espaces où circulent les rumeurs, les amalgames et les discours de haine. Dans ce contexte, la responsabilité individuelle est essentielle. Avant de partager un message accusant un peuple, une nationalité ou une communauté entière, il convient de vérifier les faits et de distinguer les actes d’individus des caractéristiques d’un groupe tout entier.

Cela nous rappelle un autre fâcheux évènement survenu en Coté d’Ivoire en 2021. Des affrontements xénophobes et des violences ont éclaté après qu’une fausse information a circulé sur les réseaux sociaux. Une vidéo, largement relayée par des influenceurs, prétendait montrer des Nigériens agressant des Ivoiriens. A l’époque, Les violences se sont concentrées dans plusieurs communes populaires d’Abidjan, notamment à Yopougon, Abobo, Anyama et Adjamé. Ces actes xénophobes ont causé la mort d’au moins une personne et ont fait plusieurs blessés.

Au Rwanda, à partir de 1990, des discours de division et de haine fondés sur l’appartenance ethnique ont progressivement pris de l’ampleur dans un contexte de tensions politiques. L’absence de réponse efficace face à cette montée des discours a contribué à aggraver la situation. En 1994, ces dynamiques ont débouché sur le génocide contre les Tutsis, qui a duré environ 100 jours (d’avril à juillet 1994). Cet épisode rappelle que lorsqu’ils ne sont pas stoppés à temps, les discours de haine peuvent évoluer vers des violences massives aux conséquences irréparables.

Comme l’écrivait Chinua Achebe dans Africa’s Tarnished Name, « Notre humanité dépend de celle de nos semblables. Aucun individu ni aucun groupe ne peut être humain seul. » L’Afrique s’est construite par les rencontres, les migrations et les échanges. Défendre la dignité de chaque être humain, quelle que soit son origine, c’est défendre notre propre humanité.

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