Fatoumata Bakayoko : « la lutte contre l’excision a besoin d’une approche plus douce »
Photocredit : Kani Sissoko
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Fatoumata Bakayoko : « la lutte contre l’excision a besoin d’une approche plus douce »

A l’Institut français du Mali, Fatoumata Bagayoko, connue pour sa lutte contre l’excision, a donné un spectacle sur la place de la femme dans l’humanité.

Lundi 14 octobre 2019, 18 heures : à l’Institut français de Bamako, la scène est recouverte de copeaux de planches rabotées. Fatoumata Bagayoko, entourée d’une quinzaine de ses danseurs et danseuses, donnent un spectacle sur la procréation. Une performance intitulée Bogoko (« la terre parle », en bamanakan).

Les expressions corporelles sont captivantes. Les torses sont enduits d’argile. Des calebasses de toutes tailles, pleines de cette terre, symboles de la procréation, sont à la portée des danseurs. Ils vont et viennent, se rencontrent, se l’appliquent à tour de rôle sur les corps en esquivant des pas de danse pendant qu’une des leurs est occupée à peindre un tableau au fond de la scène. Le public est concentré, le spectacle entraînant.

A travers l’œuvre, la danseuse montre l’importance de la femme dans le monde : « Elle donne la vie, elle éduque les hommes. En un mot, elle est mère de l’humanité », déclare-t-elle. La calebasse, élément très présent dans la plupart de ses spectacles, exprime la grossesse, la fertilité.

Lutte contre les mutilations génitales

Fatoumata Bagayoko est aussi reconnue pour son combat acharné contre l’excision, qui continue malgré les campagnes de sensibilisation accrues. Selon l’enquête démographique et de la santé 2018, le taux d’excision est encore très élevé au Mali  avec 91% des femmes de 15 à 45 qui sont touchées.

Elle qui en a été victime a décidé de faire comprendre aux autres parents que cette pratique est dangereuse pour l’avenir de leurs filles et qu’ils doivent comprendre l’importance de l’abandonner.

Elle confie qu’elle n’en veut pas à ses parents, car elle est certaine qu’ils ne l’ont pas fait pour lui nuire. « Les parents peuvent le faire par ignorance avec la conviction qu’ils font du bien à leur fille alors que ce n’est pas le cas », lance-t-elle.

La jeune femme précise qu’elle joint tout le monde à son combat : agents de santé, sociologues, journalistes, juristes : « Mon  combat pour la femme ne se limite pas à l’excision, il concerne aussi les mariages précoces, les mariages forcés, l’alphabétisation de la jeune fille, la violence faite aux femmes dans tous les sens du terme ».

Changer d’approche

Fatoumata a beaucoup joué dans les quartiers et certaines localités où la question de l’excision est assez délicate, comme à Siby, dans le Mandé. Elle raconte qu’au départ, le combat était mal perçu car elle était vue comme une « vendue » aux occidentaux qui, avec leur financement, veulent détruire les traditions africaines. Aujourd’hui cependant, selon elle, ce n’est pas vraiment de la confrontation : « Tout dépend de la manière. Il faut expliquer aux gens, ils comprennent. L’approche dans la lutte est assez importante pour ne pas frustrer qui que ce soit », confie-t-elle.

Elle a su créer un contact avec les populations. Et tout son secret est là, logés dans ces mots : « Si les gens prennent la peine de m’écouter lorsque je vais vers eux pour leur parler des dangers de l’excision, c’est parce que je ne viens pas dans la posture d’une combattante. Il ne faut pas brusquer les choses mais surtout beaucoup écouter, les gens le font moins dans la lutte et je trouve cela regrettable », confie-t-elle.

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