Pédophilie : au Mali, crever l’abcès pour mieux soigner
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Pédophilie : au Mali, crever l’abcès pour mieux soigner

Au Mali, la pédophilie se niche parmi les tabous les plus cachés. Plus les cas sont révélés, moins en parle selon le blogueur Issa Ongoïba.

Au Mali, plusieurs personnes ont été arrêtées et condamnées pour pédophilie. On se souvient du cas d’un certain Amadou Maïga, dit « Badjenneka », arrêté en juillet 2016 pour avoir violé une fillette de 7 ans, à Téné (San). En 2019, il a été condamné à seulement 3 ans de prison.

Il y a aussi celui d’Alou Keïta sur une fillette de 11 ans dans le quartier communément appelé « Garantibougou », dans la commune de Kalabancoro. L’homme avait été arrêté par le commissariat du 11e arrondissement en mars 2019. Un autre cas emblématique : Moctar Mama, condamné à 20 ans de prison pour pédophilie sur 3 jeunes filles, toutes âgées de 13 ans. Les faits remontent à juin 2014. En plus de ces exemples, nombreux sont les cas qui n’accèdent à aucun traitement médiatique.

Ce qu’en dit la loi

La pédophilie se définit comme étant le fait pour un adulte d’avoir une attirance sexuelle pour les mineures. Cette pratique, condamnable, sévit malheureusement au Mali. De nombreux Maliens ne savent pas définir juridiquement la pédophilie, alors que le code pénal est clair et net là-dessus. Son article 228 stipule :

« Constitue le crime de pédophilie et punit de cinq à vingt ans de réclusion et de vingt mille à un million de francs d’amende, tout acte de pénétration ou d’attouchement sexuel de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’un mineur de moins de treize ans, ou toute exposition ou exploitation aux fins commerciales ou touristiques de photographies, films ou dessins à caractère pornographique mettant en scène une ou plusieurs personnes mineures âgées de moins de treize ans. Si les coupables sont les ascendants de la personne sur laquelle le crime a été commis, s’ils sont ceux qui ont autorité sur elle, ou s’ils sont chargés de son éducation, de sa surveillance, ou s’ils sont employés des personnes ci-dessus désignées, ou si le crime a été commis à l’aide de plusieurs personnes, la peine sera la réclusion à perpétuité, et une amende de vingt mille à un million de francs CFA. Toutefois, le crime ci-dessus n’est pas constitué si la différence d’âge entre l’auteur et la victime ne dépasse pas cinq ans. »

Pour certains, la dernière partie de cet article doit être modifiée ou être retirée, car un adolescent de 17 ans pourrait sinon avoir des rapports sexuels avec une mineure de 13 ans sans être inquiété ou poursuivi pour pédophilie.

Une prise en charge des victimes pour limiter les conséquences

 Après le passage à l’acte pédophile, la victime est exposée à une atteinte physique grave et très souvent à un traumatisme psychique. La prise en charge de la victime, en plus d’être judiciaire et médicale, doit se faire sur la plan personnel permettant d’aborder une guérison possible des troubles post-traumatiques.

D’abord, le choc physique survient après le viol. Il peut être vaginal ou anal et entraine de graves conséquences sur le corps. Les lésions chez l’enfant peuvent être accompagnées de grossesse ou d’infections transmissibles, qui ne sont pas à exclure. Lorsqu’il y a eu fellation, les victimes développent souvent des maladies de la gorge comme les angines. Pour prévenir et traiter efficacement les conséquences citées, il faut prendre en charge la victime le plus tôt possible au centre de santé le plus proche.

En plus des atteintes physiques, le traumatisme psychique est difficile à surmonter. Il refait surface à chaque rappel ou suite aux moqueries venant des autres. Lorsque les victimes entrent dans l’âge de la sexualité, les victimes d’abus ont souvent du mal à vivre la leur de manière normale et épanouie. Même longtemps après les faits, elles se sentent souillées, dévalorisées et méprisables. Elles peuvent tenir leurs partenaires potentiels à distance, et se réfugier dans d’autres formes de sexualité : être dans la provocation, ou encore entrer dans le monde du travail sexuel.

Pour éviter ces traumatismes physiques divers, les victimes ont besoin de l’accompagnement des plus proches parents et de la société, qui doivent les protéger.

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