De quoi je mêle : Chirac doit sa coupe du monde aux Maliens
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De quoi je me mêle : Chirac doit sa coupe du monde aux Maliens

« Jacques, tu es un vrai ». Tels sont les mots du président ATT qui choisit le registre du familier pour s’adresser à Jacques Chirac, séjournant à Bamako, dans le cadre du sommet Afrique-France organisé dans la capitale malienne en 2005.

Au-delà de son sens qui donnera lieu à plusieurs interprétations, l’expression marque les esprits. Et surtout le moment. Normal : Amadou Toumani Touré possède un certain sens de l’Histoire et du symbole. Tout comme son hôte Chirac. Lequel visite Tombouctou dans la foulée avant de se rendre dans les falaises de Bandiagara d’où il revient avec le titre prestigieux de Hogon, ordre initiatique ultra sélect de la société dogon. La toge de circonstance que Chirac porte alors a dû amuser le public français. Mais en Afrique, et particulièrement au Mali, elle est prise au sérieux, car elle ne distingue que les hommes de grande sagesse dont le savoir mystique permet de plier tout et tout le monde à leur volonté.

Pas très étonnant de la part de Chirac auquel la vigilante surveillance malienne prête d’avoir interné à Paris, en 1998, de prestigieux mystiques maliens pour une prestation payée à prix d’or : remuer tous les canaris de la savane, égrener tous les chapelets du désert, pour que l’équipe « blanc- black- beur » remporte le mundial. Ce qui fut fait, avec la classe et l’apothéose de toute une nation rassemblée dans une belle diversité, dans une communion où l’odeur des foyers d’immigrés -raillée en son temps par le maire de Paris- viendra métisser les effluves volatiles du dernier Channel.

 

Vu des chaumières du pays et même parfois de ses lambris dorés, la France n’est championne du monde de football en 1998 que parce que Chirac a sollicité, en y mettant le prix, les redoutables porte-missiles maliens, qui peuvent sceller le sort de n’importe qui, par une abeille ou une mouche téléguidée. Exactement celle qui, à en croire Bamako, s’est posée sur Ronaldo lui injectant le microbe de la maladie du sommeil, ou sur le goal brésilien qui verra une seule balle adverse multipliée en cent et ne saura pas laquelle arrêter, alors qu’une formule magique, actionnée à distance, fera de Zidane un mille-pattes suroxygéné et imprenable. Quoi de plus normal donc si Chirac, plus tard, dédiera un musée aux arts premiers, cette appellation pudique de la puissance mystique des marabouts et féticheurs maliens ! Sauf que l’ex-président est parti sans jamais expliquer à ses compatriotes comment, en 1998, la France est arrivée sur le toit du monde. Et ça, le Mali et sa vibrante diaspora ne peuvent pas le lui pardonner.

 

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