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Le double visage de la jeunesse malienne

Au Mali, considéré comme étant un pays vertueux et très conservateur, la jeunesse malienne éduqué pour plaire aux autres, à la famille, à l’entourage. De ce fait, la plupart porte une double casquette (visage), pour ne pas dire jouent à l’hypocrite juste pour sauver les apparences, écrit la blogueuse Niamoyé Sangaré.

Combien de jeunes Maliens boivent de l’alcool dans des endroits discrets et font semblant de ne pas en boire lorsqu’ils se retrouvent dans leur environnement habituel ? Nombreux ! Combien de filles sont tout le temps voilées à la maison, mais portent des habits indécents en dehors de la cour familiale ? Beaucoup. Ils sont nombreux à condamner des actes jugés frivoles, ou pas convenables pour une personne de bonne famille en omettant qu’ils sont parmi ceux qui les pratiquent sous d’autres cieux ou loin des yeux qui les reconnaissent.

Ce besoin naturel de mieux se faire voir par les autres est, une fois de plus, devenu un poids sociétal. Cela fait partie de notre éducation. Je pense de ce comportement qu’il est stupide et malhonnête, car beaucoup de parents ignorent complètement ce que font leurs enfants en dehors de la maison, et sont prêts à mettre leur main au feu que ceux-ci se comportent bien, toujours et partout. Ma surprise a été grande de voir mon jeune ami, Ali, avec qui je partais en boîte de nuit et que je connaissais depuis de nombreuses années, boire une très grande quantité d’alcool. Je ne le juge pas, loin de moi cette prétention. C’est sa vie après tout.

Des parents aveugles

Mais le fait que rien dans son comportement ne laissait croire qu’il s’adonnait à l’alcool m’avait abasourdie. Il clamait d’ailleurs qu’il ne fumait pas et ne buvait pas. Quand je l’ai surpris, il m’a dit :

«Tu sembles être étonnée. Je sais que je renvoie une image autre de moi en famille, mais tu dois comprendre qu’on n’a pas trop le choix dans une société comme la nôtre. Nous sommes souvent obligés de nous cacher pour faire ce que l’on veut, juste par peur d’être jugés ou d’être mal aimés par nos proches qui ne cautionnent pas ça. »

Si Ali, lui, se cache pour boire de l’alcool, Coumba, quant à elle, critique toutes les filles du quartier avec sa maman sur leur manière de s’habiller. « La fille doit toujours couvrir intégralement son corps, et c’est aux parents de leur inculquer ces valeurs », se vante la mère de Coumba, toute fière, ignorant que sa fille sort toujours avec une deuxième tenue « moins correcte » dans son sac à main. Pour se justifier, Coumba avance des arguments : « Je suis jeune et il est naturel que j’aie envie de porter des petites tenues de temps à autre. Mais je ne le fais jamais devant mes parents par respect pour eux, et aussi pour ne pas avoir une mauvaise réputation dans le quartier» Visiblement, elle se croit différente des autres qui en portent devant leurs parents.

Des surprises désagréables

Que ce soit dans les centres de santé ou dans les commissariats de police, nombreux sont les parents qui sont stupéfaits et meurtris une fois en face de la réalité. Des mineures enceintées, des jeunes garçons arrêtés pour toute sorte de délits. « Ici, 90% des personnes arrêtées sont des jeunes sous l’emprise de l’alcool et d’autres stupéfiants. La plupart du temps, les parents n’en reviennent pas car ils disent tous ne pas avoir éduqué leurs enfants ainsi », explique le capitaine de Police Isaac, du deuxième arrondissement de Bamako.

Au centre de santé communautaire de Lafiabougou, en commune VI du district de Bamako, une maman est littéralement tombée dans les pommes après avoir su que sa fille cadette était enceinte de quatre mois alors qu’elle ne sortait « jamais » de la maison. Ces cas sont nombreux. Il faut arrêter cette hypocrisie et assumer ce que nous sommes.

En premier lieu, les parents doivent être attentifs aux enfants, apprendre à mieux les connaître et arrêter de se voiler la face, car l’enfer n’est pas forcément les autres. Surtout, la société doit juger moins et accepter la différence des autres.

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Les commentaires récents (0)

  1. Nous sommes tous sous l’emprise du changement brusque auquel le monde actuel fait face. Nous n’avons pas le choix de peur d’être mal jugé par la société et l’entourage et même porter prejudice aux parents qui sont considérés et respectés dans le quartier. Du coup, nous, jeunes filles et garçons, préferons nous cacher pour s’adonner à des compotements hors normes (l’alcool, la drogue, le sexe etc.) Mais comme le dit l’adage: « La parole des vieux peut durer en route mais n’y passe jamais la nuit ».