
Aux effets du changement climatique, vient s’ajouter la désinformation climatique qui va au-delà des réseaux sociaux et accroit la vulnérabilités des familles. Les médias sont un rempart essentiel pour rétablir une information fiable et accessible afin de protéger les communautés rurales, surtout les femmes – pilier de la sécurité alimentaire.
« On nous avait dit que la saison allait commencer tôt et on a cru. Aujourd’hui, on a tout perdu » dit Ba Fanta, la voix chargée de triste. Sans espoir : elle a perdu une bonne partie de sa récolte. Lorsqu’on lui a annoncé une saison des pluies précoce, elle avait semé ses légumes et maïs. La source en est des groupes WhatsApp où l’« information » s’est répandue comme une trainée de poudre et les causeries dans le village. Mais sans fondement.
Dans sa petite localité de Zamblara, à Sikasso, Ba Fanta est agricultrice et cultivatrice maraichère – avec cinq enfants, à 36 ans. Elle a investi ses dernières économies dans les semences. Mais la pluie annoncée n’est jamais arrivée. Les jeunes pousses ont séché sous le soleil.
L’histoire de Ba Fanta est loin d’être isolée. De nombreuses femmes paient aujourd’hui le prix d’un phénomène encore invisible : la désinformation climatique, qui monte, amplifiée par les réseaux sociaux et le manque de vulgarisation des données scientifiques. Dans un contexte où les effets du changement climatique bouleversent déjà les saisons, les pluies, les récoltes et les moyens de subsistance, les communautés, en particulier les femmes, sont en butte aux fausses informations.
Au Mali, 86,5% de ménages pratiquent l’agriculture végétale parmi ceux agricoles ; 84,1% des ménages pratiquent la culture de céréales parmi les ménages agriculteurs de végétaux. Et contribue près de 40 % au PIB du pays.
La météo remplacée par la rumeur
Et les médias sont un levier important – pour les femmes en particulier. Mais l’accès à une bonne information climatique fiable reste limité dans plusieurs zones rurales. Le sujet ne fait pas l’objet d’une forte attention médiatique. Beaucoup de familles s’informent par le truchement des radios communautaires, le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux, des messages vocaux transférés dans les groupes WhatsApp regroupant des ressortissants du village. Or ces canaux, bien qu’utiles, peuvent devenir des vecteurs de fausses informations.
Dans les médias, estime Massiré Diop, rédacteur en chef de Journal du Mali, il y a un manque de maitrise du sujet, en plus « d’une simplification excessive ou d’un recours à des sources non vérifiées ». « Or le changement climatique est un sujet technique, complexe qui nécessite des connaissances spécifiques. Sans formation adaptée, certains contenus peuvent être incomplets, approximatifs mal interprétés, ce qui peut induire le public en erreur. », ajoute Massiré Diop.
Les effets du changement climatique ne relèvent plus du futur. Les communautés constatent déjà des irrégularités, des épisodes de sécheresse plus longs, des vents violents, des inondations ponctuelles et des températures extrêmes. Pour les producteurs, le calendrier agricole traditionnel devient moins prévisible. Les repères transmis de génération en génération ne suffisent plus.
Les femmes rurales occupent une place centrale dans la sécurité alimentaire au Mali. Elles assurent 70% de la production alimentaire. Ces femmes sont cultivatrices, transformatrices des produits agricoles, gèrent les stocks alimentaires dans les familles, collectent l’eau et soutiennent les besoins du foyer. Pourtant, souvent elles disposent de moins de terres, de moins de moyens financiers – en plus d’un accès plus réduit à l’information spécialisée.
Elles sont les premières touchées lorsque la désinformation climatique circule. Une rumeur de pénurie de semences et d’engrains peut provoquer des achats inutiles. Une mauvaise prévision peut pousser une femme à semer trop tôt. Une fausse alerte peut désorganiser les activistes économiques du foyer. « Les frais scolaires de mes enfants disparaissent quand je perds ma récolte. », explique Mamou une cultivatrice de légumes à Zamblara.
Les médias comme rempart
Des évènements sinistres – inondations, sècheresses – sont là souvent pour rappeler que le pays fait partie des plus exposés aux effets du changement climatique, avec une agriculture fortement dépendante des pluies et des ressources naturelles. La faible couverture dans les médias crée un décalage avec la réalité vécue sur le terrain. « Les médias, surtout les radios rurales, sont les recours des communautés pour être en contact avec les vraies informations. Or le sujet sur le changement climatique reste globalement peu traité dans les médias au Mali. Lorsqu’elles le sont, c’est souvent de manière ponctuelle, à l’occasion d’événements comme des conférences internationales », explique Massiré Diop.
La production, la vérification des informations et la sensibilisation sur le changement climatique pose la nécessité de renforcer la capacité des journalistes. Le journalisme climatique demande une compréhension des données scientifiques, des enjeux environnementaux et des impacts socio-économiques. Former les journalistes, puis renforcer leurs capacités dans la durée, permettrait d’améliorer la qualité des contenus, d’éviter les erreurs et de produire des informations plus utiles pour le public.
De valoriser les réalités locales et de donner la parole aux populations concernées, notamment aux femmes rurales. Enfin, une collaboration plus étroite entre médias, chercheurs et acteurs de terrain permettrait de produire une information plus précise, accessible et ancrée dans le vécu des populations.






