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« Heureux de la reprise des cours, mais inquiet pour mon avenir »

Après plus de cinq mois sans cours, les enseignants ont suspendu leur grève. Si certains élèves ont accueilli la nouvelle avec enthousiasme, le jeune Aliou, dans ce récit fictionnel, ne fait pas mystère de son inquiétude quant aux conséquences sur son avenir.

Aliou Coulibaly est en classe de Terminale science économique au lycée public de Ségou. Élève très motivé, brillant et confiant en lui-même, le slogan de ce jeune adolescent au début de l’année scolaire 2018-2019 était : « Décrocher le Bac du premier coup. » Il est resté motivé par cette idée jusqu’au déclenchement de la grève des enseignants, qui faisait planer sur l’année scolaire l’épée de Damoclès d’une année blanche.

Une situation qui a fini par démoraliser le jeune candidat au point qu’il a nourri l’idée de prendre le chemin du marigot de l’émigration. Intelligent et d’habitude optimiste, Aliou a fini par basculer dans le pessimisme et  n’espérait plus qu’on puisse sauver cette année scolaire, qui continuait d’être marquée par cette grève. Beaucoup sont ceux qui laissaient entendre que l’année blanche était inévitable. Toutes choses qu’Aliou, en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, avait fini par digérer comme tout élève de son âge.

Alors qu’il a prévu son départ pour le 20 mai, assis devant la télévision, au journal de 20 h du 18 mai, les syndicats « signataires du 15 octobre  2016 » sont apparus pour lire une déclaration : « Les syndicats de l’éducation signataire du 15 octobre 2016 décident de suspendre leur mot d’ordre de grève sans pression aucune et invitent leurs militantes et militants à reprendre les cours, le lundi 20 mai 2019, à partir de 7 h 30. » En entendant cette déclaration, le jeune Aliou a sursauté de son fauteuil en demandant à son père : « As-tu entendu cela père ? Les cours vont reprendre lundi. Ça veut dire que l’année ne sera plus blanche,  que je ferai mon examen. »

Des questions qui torturent l’esprit

Arrivé au portail de la maison, il s’arrête brusquement comme si quelqu’un venait de l’appeler, mais il n’en était rien. C’est juste sa conscience qui l’interpellait : « Si on doit faire les examens, sur quoi devrons-nous composer puisque même nos programmes du premier trimestre n’ont pu être achevés. Supposons qu’on choisisse les sujets en fonction de la progression dans le programme et que je réussisse mon examen, aurais-je le niveau réel pour concurrencer mes autres camarades des autres pays ? Mon attestation va-t-elle être acceptée dans tous les pays ? Comment mes camarades dont les classes sont occupées par des victimes de l’inondation du 16 mai vont-ils étudier ? »

Autant de questions qui torturent l’esprit du jeune Aliou. Néanmoins, il a continué chez son professeur de français, M. Gaoussou Diarra, afin de trouver des réponses à ses interrogations. Celui-ci lui a fait comprendre que le bac était prévu pour fin juillet et qu’il aura quelques cours de rattrapage d’ici cette date. M. Diarra lui a alors conseillé de bien serrer sa ceinture et que ce qui vient de se passer cette année ne constitue pas une première dans l’histoire du pays. « C’est une année particulière comparable à 2008, lui a-t-il expliqué. De nombreux élèves ayant obtenu leur bac, cette année-là, ont pourtant réussi leurs études après. »  Satisfait de cet éclaircissement, il a fait comprendre au prof de français qu’il était heureux de la reprise des cours, mais qu’il avait peur. « Il faut juste te mettre au travail », a insisté son prof de français, optimiste. Dès le soir même, Aliou est retourné à ses cahiers. Place à une révision intensive. « Hors de question que je redouble cette classe ! »

 

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