A la CPI, le défilé des djihadistes maliens
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A la CPI, le défilé des djihadistes maliens

L’ex-administrateur de la police islamique et des mœurs d’Ansardine comparait cette semaine pour « crimes de guerre et  crimes contre l’humanité ». C’est le deuxième malien remis à la CPI depuis 2016. M. Al Hassan Abdoul Aziz  est un des djihadistes 

« Tombouctou a vécu la longueur du temps et le temps de l’histoire. Tombouctou, la perle du désert, la ville aux 333 Saints, a été soumise aux diktats de Ansar Dine et AQMI. Tombouctou a subi les mains de l’oppression ». C’est en ces termes, à l’allure un rien poétique, que la procureure, Fatou Bensouda, a ouvert son réquisitoire visant à exposer les charges portées contre  Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, dit « Al Hassan », ce lundi 8 juillet.

Fatou Bensouda a présenté Al Hassan comme une personne dont la contribution a été incontournable dans la perpétration de crimes pour imposer, au forceps, une vision idéologico-religieuse : « Les Tombouctiens et Tombouctiennes étaient rabaissés, humiliés, violentés et, pour tout dire, soumis à une véritable persécution dont ils ne voyaient pas la fin et dans laquelle Al Hassan a fourni une contribution essentielle », a laissé entendre la magistrate d’origine gambienne.

Bazin blanc et regard serein

Habillé en bazin blanc, enturbanné, le regard serein, Al Hassan a suivi avec attention Fatou Bensouda en train de décliner les charges contre lui. Avec souvent un léger sourire au coin des lèvres. Toutes choses qui suffisent pour déduire qu’il va probablement plaider non coupable à l’issue des observations des différentes parties. C’est qu’Al Hassan donne l’impression d’être convaincu de son innocence.

Le natif de Hangabera, dans le nord de Goundam (Tombouctou), la quarantaine, est poursuivi pour « crimes contre l’humanité et de guerre » qu’il aurait commis pendant l’occupation djihadiste de la ville de Tombouctou où il faisait office de chef de la police islamique et des mœurs au sein d’Ansardine, l’organisation d’Iyad Ag Ghaly. Ces crimes auraient été commis entre avril 2012 et janvier 2013. C’est le 31 mars 2018 que les autorités maliennes l’ont remis à la CPI en exécution d’un mandat d’arrêt émis le 27 mars, après son arrestation par les forces françaises de Barkhane en avril 2017.

Insuffisance du système judiciaire malien

A la CPI, son cas s’est retrouvé sur la table de Fatou Bensouda après celui de Ahmad al-Faqi al-Mahdi, alias « Abu Turab ». Ce dernier a été inculpé pour la destruction du patrimoine historique de Tombouctou pendant l’occupation de la ville par Ansardine et Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Ainsi, Al Hassan est le deuxième malien remis à la CPI.

Son audience de confirmation des charges a démarré le lundi 8 juillet et devra se poursuivre jusqu’au mercredi 17 juillet. Aussi, faut-il relever que cette audience, qui n’est pas encore le procès proprement dit, sert à déterminer s’il existe des raisons substantielles de croire qu’Al Hassan a commis les crime dont il est accusé. Si au cours de cette semaine les charges sont confirmées, l’affaire sera devant la chambre de première instance qui conduira le procès.

Justice malienne

A Bamako, son transfèrement à la CPI avait relancé les débats sur la capacité de la justice malienne à juger « ses » djihadistes. Selon des juristes, le Mali ne disposait pas de juridictions compétentes pour juger de telles affaires. Pourtant, Aliou Mahamar Touré, surnommé « le coupeur de main » ex commissaire de police du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), avait été jugé et condamné à 10 ans de prison par la Cour d’assises de Bamako pour «  crimes de guerres ».

Ainsi, le 27 juin 2019, l’Assemblée nationale a adopté la loi visant à élargir la compétence du Pôle judiciaire spécialisé de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Cette juridiction disposera désormais de compétences pour juger « les crimes de crime de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide ».

L’AMDH et la FIDH avaient demandé, au lendemain de la libération des régions du Nord, l’élargissement des compétences du Pôle pour apporter une réponse aux crimes commis dans le Nord. Pour le président de l’Association malienne pour la défense des droits de l’Homme (AMDH), cette réponse aurait pu dissuader ceux qui commettent les crimes au centre du pays. « Pour enrayer la spirale meurtrière du conflit en cours au centre du Mali, indiquait alors Me Moctar Mariko, il est urgent de s’attaquer au chapitre judiciaire des crimes commis durant l’occupation de Tombouctou en 2012 – 2013, et de montrer que l’impunité ne saurait être la règle, et que ceux qui se livrent – ou seraient tentés de se livrer – aux exactions les plus graves, seront un jour jugés par la CPI ou les tribunaux maliens ».

« Petit poisson »

Ceux qui ont vécu la crise à Tombouctou, en 2012, considèrent Al Hassan comme un « petit poisson », à côté de personnalités plus importantes de l’occupation djihadiste qui se promènent dans les rues de Tombouctou, Gao ou Kidal.  Des noms sont avancés : Hamad Mossa, surnommé « la bête noire » des femmes de Tombouctou, ou Alhousseyni Ag Houka Houka, le juge islamique qui a ordonné qu’on coupe la main d’un présumé voleur. Toutes les décisions de justice venaient de l’ex-locataire de l’hôtel la Maison.

« Je ne dis pas qu’Al Hassane n’a rien fait. Mais, il serait plus intéressant qu’on s’intéresse à ceux qui prenaient les grandes décisions. Si ces derniers se pavanent toujours devant leurs victimes, on aura l’impression qu’il n’y a jamais eu de justice », confie un habitant de la ville.

 

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