Handicap et validisme : on en parle ? (II)
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Handicap et validisme : on en parle ? (II)

La blogueuse Fatima Hope exprime, avec une lucidité douloureuse, son ressenti, ses réflexions sur le handicap et sa condition de handicapée. Il y a quatre ans, elle a eu un accident. Nous avons décidé de le publier en deux parties.

Handicap et validisme : on en parle ? (I)

Certains comportements peuvent apparaître comme sans gravité, mais en réalité ce sont des violences silencieuses pour les personnes qui les vivent au quotidien. Dire à une personne qui souffre par exemple de dépression qu’il devrait faire des efforts ou que tout le monde à des coups de blues ne fait que la culpabiliser. Et cela n’arrange jamais rien, sans oublier qu’on n’a aucune compétence pour en juger.

Le dédain, le délit de faciès ou toute autre forme de discrimination et de stigmatisation sont douloureux parce qu’ils touchent l’intimité à travers ce que la personne a du mal à accepter elle-même et qu’elle ne peut changer. L’estime de soi peut sérieusement en pâtir.

Risque de marginalisation

Le handicap à une image négative en cela qu’il renvoie à tout ce que l’humain tend à éviter ou à rejeter. La peur engendrée par la différence peut expliquer notre regard face au handicap. L’être humain est un être social, qui a tendance à montrer de l’hostilité face à tous ce qui lui est différent ou inconnu. Être différent, c’est prendre le risque d’être exclu alors que le désir d’appartenance est une composante de notre identité.

L’identité, c’est l’image qu’on a de soi-même et notre estime de soi dépend en grande partie de ce que pense les autres. La déficience nous rappelle la fragilité de notre corps mais nous renvoie aussi à notre volonté utopique d’être parfait. L’incapacité, c’est l’une des premières choses qui viennent à l’esprit quand on parle de handicap.  L’autre, dans sa différence,  nous renvoie à nous-mêmes : il nous fait voir une part de nous-mêmes que nous refoulons ou que nous voulons contrôler. Le handicap devient alors un risque constant de marginalisation.

Pas de bras de fer

Comprendre le regard de la société face  au handicap peut aider à comprendre mais aussi à s’émanciper face aux regards des autres. Dénoncer le validisme, ce n’est pas imposer un bras de fer entre personnes valides et personnes en situation de handicap. En parler c’est, au contraire, œuvrer pour une société plus juste et plus inclusive. C’est dénoncer la stagnation et l’inaction pour les droits des personnes handicapées. L’anti-validisme passe aussi par la sensibilisation et la lutte contre l’institutionnalisation du misérabilisme ambiant pour mettre fin à tous les clichés qui cristallisent encore plus la connotation négative du handicap.

Il ne s’agit pas de juste changer de formulation. Dire personne en situation de handicap au lieu de handicapée n’arrangera rien si les mentalités ne suivent pas. Les mots ne sont ce qu’on en a fait. Nos pensées les définissent. Miser sur l’autonomisation et l’autodétermination, c’est permettre aux personnes en situation de handicap de choisir leur voie, de vivre leur vie et de jouir d’une participation pleine et effective dans tous les domaines de la vie. Et c’est un défi pour toute la société.

Confiance et estime de soi

S’épanouir sans tenir compte du regard péjoratif que suscite le handicap est tout à fait possible. Des personnes, parmi lesquelles je me compte, ont appris à se réapproprier leur corps de façon aimante en modifiant la perception dominante sur le handicap. J’ai la chance d’avoir une certaine autonomie comparativement à d’autres. Mais dans tous les cas, s’accepter tel que l’on est, c’est le travail de tout une vie et cela est d’autant plus difficile avec un handicap.

Les regards viennent quotidiennement rappeler la différence. Il faut donc s’exercer à ne pas croire ce que le regard de l’autre nous renvoie. Des armes redoutables existent : la confiance et l’estime de soi, qui se reconstruisent petit à petit, mais aussi l’humour. Il n’y a rien de plus efficace que l’autodérision pour reprendre le contrôle sur la fatalité.

C’est à chacun de s’interroger sur le regard qu’il porte sur les personnes porteuses de handicap. Un regard, quel qu’il soit, a toujours a un impact, un effet sur la personne qui le reçoit.

Et vous ?  Quelle image avez-vous du handicap ?

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