HUMEUR : France 24, protège ta source !
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HUMEUR : France 24, protège ta source !

Après son apparition dans un reportage de la chaîne de télévision France 24, où il témoignait sur les rackets que subissent les populations à Lellehoye de la part des groupes « djihadistes », Sadou Yehia a été exécuté. Alors qu’il lui est reproché de n’avoir pas assuré l’anonymat à un témoin dans un contexte aussi sensible que celui qui prévaut dans le nord du Mali, la réaction de France 24 a ravivé la colère de ceux qui l’accusent d’avoir livré à la mort Sadou Yéhia.

D’abord, l’effroi d’apprendre l’assassinat de Sadou Yehia, qui est venu agrandir la liste longue des victimes du conflit qui ensanglante le Mali depuis plusieurs années. Puis, la consternation après que le lien de son élimination par les « djihadistes » a été établi avec son apparition, à visage découvert, dans un reportage de France 24. Enfin, la colère à la lecture de la morgue communiquée par la direction de cette même chaîne de télévision en réaction aux reproches de la famille du disparu. Viendra le mea-culpa sûrement, car il ne peut en être autrement. Et espérons la démission de cette direction, qui a oublié l’un des fondements premiers du journalisme : la protection de ses sources.

« Les bouches se fermeront »

Le journaliste doit constamment protéger ses sources, d’autant plus que Sadou Yehia, en s’exprimant sur les rackets imposés par les « djihadistes » aux populations à Lellehoye, courrait le risque de se mettre à dos ces derniers. Il va sans dire, à mon avis, qu’il n’y avait même pas besoin de savoir s’il fallait lui assurer l’anonymat ou pas. Et en arguant que « compte tenu du contexte sécuritaire particulier de cette région du Mali, la question de l’anonymisation ne se pose pas, tant l’imbrication des terroristes dans la population locale dont ils sont eux-mêmes issus(…) rendraient cette précaution artificielle », la chaîne est venue ajouter l’injure à la blessure de la famille de Sadou Yehia.

Il y aura un avant et un après Sadou Yehia. Désormais les journalistes peineront à recueillir des informations auprès de la population civile. Les bouches se fermeront par peur d’être le prochain Sadou Yehia.

Selon La Croix, « la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) considère la protection de la confidentialité des sources comme une ‘’pierre angulaire’’ du journalisme (dans son Arrêt Goodwin contre Royaume-Uni, du 27 mars 1996) », puisque « l’absence de cette protection dissuaderait le plus grand nombre de sources valables possédant des informations d’intérêt général de se confier à des journalistes ».

Cet arrêt a davantage été promulgué pour protéger le travail des journalistes contre toute sorte de pression plutôt que pour rappeler leur négligence.  Alors il faudrait rappeler à France 24 qu’elle devait faire tout ce qu’elle pouvait  pour protéger Sadou Yéhia.

Une réaction lamentable

Plutôt que de reconnaître la faute grave, la réaction de la direction de France 24 semble mettre les populations de Lellehoye dans le même sac que les djihadistes.

Nous espérons que cette réaction plonge dans l’embarras la rédaction des journalistes. Cet  argument est dangereux, car il convertit toute une population en de potentiels terroristes. Certes, plusieurs travaux ont établi des collaborations ou acceptations, à des degrés divers, avec ces groupes terroristes, car ils apportaient des services de justice, de scolarité… Des services régaliens abandonnés par l’État malien. Mais aujourd’hui le président malien lui-même vient d’annoncer sur votre chaine que le Mali entrait en dialogue avec ces groupes.

Une formation Sadou Yehia

Cela est d’autant plus regrettable, parce que France 24 se distingue d’autres chaînes d’informations françaises qui propagent stéréotypes et approximations. Elle fait intervenir sur ses plateaux des journalistes et des chercheurs, qui connaissent le terrain et en restituent la complexité. Cela est préoccupant, parce qu’après la bourde de CFI autour de Ignace Sossou, la censure de l’Afrique contemporaine, cet événement risque de contribuer à alimenter une rancœur croissante chez les jeunes au Mali et au-delà à l’égard de la France.

France 24 n’a plus qu’une solution : reconnaître les dysfonctionnements, faire son mea-culpa et ouvrir une formation sur la protection des sources à la mémoire de Sadou Yehia.


Signez la pétition : Exigeons des excuses publiques de France 24 pour la mort de Sadou Yehia « Banandi »

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