Le nom de mon père
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Le nom de mon père

Mouneissa est une étudiante « tombouctienne » d’une vingtaine d’année. Née hors mariage, elle n’a jamais porté le nom de son père.  Elle veut aujourd’hui réparer cette injustice.

Je suis une jeune fille qui rêve depuis toute petite de porter le patronyme « Dicko », comme mon père. Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance, parce qu’au lieu de Mouneissa Dicko (les prénoms et patronymes ont été changés), on m’appelle Mouneissa Cissé. Je ne peux porter le patronyme « Dicko », parce que je suis une enfant naturelle.

La famille de ma mère déteste à mourir mon père. Pas parce qu’il a enceinté ma mère, pas parce que c’est lui mon père. Tout simplement parce qu’il est non seulement tamasheq, et que la famille de ma mère est connue dans toute la ville de Tombouctou. Donc, ce serait une honte qu’une fille d’une aussi « grande famille » porte un enfant illégitime, de surcroît de quelqu’un qu’elle considère comme « esclave ».

Esclave ou pas, c’est lui mon père. Est-ce une raison pour me priver de l’amour de mon père, de son patronyme. Pendant qu’à l’école certains camarades portent leurs vrais noms, moi je suis étrangère à celui qu’on m’a attribué.

Mes grands-parents mettent en avant l’honneur de leur famille, mais ignorent que c’est l’avenir d’une fille fragile qui est menacé en l’empêchant de profiter de son père pendant qu’il est encore vivant.

Fière d’être Dicko

Avec mes amies, je suis tellement fière et contente lorsque certaines m’appellent Mouneissa Dicko. Mais à la maison, c’est Mouneissa Cissé. Je sais que ma mère ne fait que subir. Elle veut que les choses soient autrement. Mais la tradition semble la museler. Ses parents ont refusé de me donner le nom de mon père, pourtant c’est son sang qui coule dans mes veines.

Pourtant, ils n’y peuvent rien. Comment peuvent-ils mettre sur mon acte de naissance le nom de mon grand-père à la place de mon père ? Il ne peut être mon grand-père et mon père à la fois. Veulent-ils peut-être dire que mon grand-père est un père incestueux ? Parce que ceux qui verront son nom sur mon acte de naissance se poseront des questions. Il ne peut être le père de ma mère et mon père à la fois.

Depuis que je parviens à faire la différence entre le bien et le mal, je cherche à retrouver ma vraie identité. Mais on me la refuse. Je suis perdue à jamais. Je suis perdue dans un monde de mensonge. Un monde d’hypocrisie et de méchanceté. Je souffre au plus profond de moi. Mais, j’utilise mes larmes pour écrire mon désarroi.  Je ne sais pas quand j’aurai la chance de porter le patronyme de mon cœur, mais je continuerai à me battre.

L’espoir est permis

Quand est-ce que Mouneissa portera le nom de son père ? Ni ma mère, ni moi ne peuvent répondre. Une chose est sûre, un jour viendra où je prendrai les choses en main moi-même. Mon grand-père sait que c’est un délit de me donner un patronyme autre que celui de mon père. Il l’a fait parce qu’il est convaincu que personne ne le trainera devant les tribunaux.

La vie m’a pourtant souri, car je suis entourée de bonnes personnes. Mais je me sens délaissée, isolée et souvent aigrie lorsque j’entends mes amies se faire appeler par leurs vrais noms.

Je pleure chaque jour au fond de moi. Je respire chaque jour, mais la vie pour moi n’aura véritablement de sens que le jour où je porterai ce nom dont j’ai toujours rêvé : celui de mon père.

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Les commentaires récents (3)

  1. L’islam ne t’ordonne pas le patronyme, et tu dois porter le nom de famille de ta mère et non ton père biologique.

    Le statut de l’enfant adultérin et sa filiation
    Il a été authentifié que le Messager d’Allâh صلى الله عليه وسلم a dit :

    «L’enfant appartient au lit et le fornicateur reçoit la pierre» [1].

    L’imâm an-Nawawî dit de ce hadîth dans son commentaire : Les savants disent que le terme «al-‘Ahir» signifie «le fornicateur» et l’expression «le fornicateur reçoit la pierre» signifie que pour lui ce sera l’échec, car il n’a aucun droit sur l’enfant.

    Les arabes disent traditionnellement : «Un tel recevra la pierre» c’est-à-dire qu’il sera banni, rejeté, voué à l’échec. [2]

    Les savants de Lajnah ad-Dâ-îma ont expliqué que le point de vue le plus authentique selon les paroles des savants, est que l’enfant adultérin ne doit pas être affilié à son auteur, à moins que des rapports intimes aient eu lieu dans le cadre d’un mariage authentique ou touché de vice, ou comme un mariage suspect ou avec une servante.

    Dans de tels cas, l’enfant peut être affilié à l’homme ayant commis la fornication, et ils peuvent hériter l’un de l’autre.

    Mais s’il s’agit d’un cas de fornication, l’enfant ne peut pas être affilié à son auteur.

    Et sur cette base, il ne peut hériter de lui. [3]

    Ainsi, les enfants adultérins doivent être affiliés à leurs mères et non pas à l’homme selon le dire le plus authentique. [4]

    Les savants de Lajnah disent encore que l’enfant adultérin n’assume aucune responsabilité du fait de l’acte sexuel illicite commis par ses parents, parce qu’il n’y est pour rien.

    Bien au contraire, ils sont seuls responsables de leur péché.

    Allâh تعالى dit (traduction rapprochée) :

    « Allâh n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. » [5]

    Et Ses propos (traduction rapprochée) :

    « Et nul ne portera le fardeau d’autrui. » [6]

    Aussi, son sort dans l’au-delà est comme celui des autres, s’il obéit à Allâh, accomplit de bonnes œuvres et meurt musulman, il entrera au paradis.

    S’il désobéit à Allâh et meurt mécréant, il entrera en enfer.

    S’il mélange de bonnes et mauvaises actions et meurt musulman, son sort dépend d’Allâh.

    Il peut soit lui pardonner, soit le châtier, mais il finira par entrer au paradis par la grâce et la miséricorde d’Allâh. Quant au hadîth qui dit que l’enfant adultérin n’entrera pas au paradis, il est inventé. [7] [8]

    [1] Rapporté par Muslim
    [2] Charh an-Nawawî ’ala Sahîh Muslim, 5/278-280
    [3] Fatâwa Al-Lajnah Ad-Dâ-ima lil-Bouhouth Al-’Ilmiyyah wal-Iftâ, 20/387
    [4] Fatâwa Al-Lajnah Ad-Dâ-ima lil-Bouhouth Al-’Ilmiyyah wal-Iftâ, 22/25
    [5] Coran, 2/286
    [6] Coran, 17/15
    [7] Fatâwa Al-Lajnah Ad-Dâ-ima lil-Bouhouth Al-’Ilmiyyah wal-Iftâ, 20/395-396
    [8] Voir pour plus de détails «ach-Charh ul-Moumti’ ’ala Zâd il-Moustaqni’» du CHeikh Muhammad Ibn Sâlih Al-’Uthaymîn, 13/305-307