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La politique malienne pour les nuls (3) : Au Mali, « le vote avant le prochain repas »

Quelques semaines après l’élection présidentielle, le blogueur Bokar Sangaré a rencontré un vigile, détenteur d’une maîtrise en philosophie, qui lui a confié les raisons pour lesquelles il n’a pas voté. Il retranscrit ici son  jugement sans concession de la classe politique au Mali.

« Ne me demande même pas pourquoi je n’ai pas voté, camarade. Ces candidats, comme à chaque élection présidentielle, nous font croire qu’ils sont dans une vraie compétition pour juste nous tromper. Si tu ne le sais, il faut le rentrer dans ton crâne une bonne fois pour toute : le monde politique malien, c’est juste une affaire de copains et de coquins.

D’ailleurs, depuis que ce pays s’appelle Mali, ce sont les mêmes familles qui sont là, les mêmes hommes ou leurs enfants ou petits-enfants, qui ne font rien d’autre que perpétuer le même ordre politique, reproduire le système.  Il s’agit de ce que nos amis américains appellent le « système de réseaux de patronage néo-patrimoniaux » : je connais quelqu’un, qui connaît quelqu’un et qui connaît quelqu’un. Sans quoi, tu ne peux ni faire de la politique, ni monter ton business. Parce que tout est concentré entre les mains d’un petit noyau de personnes.

Hadj Moussa et Moussa Hadj

Et puis ces candidats, c’est comme Hadj Moussa et Moussa Hadj, kif-kif, comme disent les Algériens ! L’un ne vaut pas mieux que l’autre. Si je te dis tout ça, c’est parce que je n’y crois plus, vraiment. Continuer à y croire, à espérer qu’ils vont changer quelque chose, c’est vendre son âme aux démons de l’illusion.

Moi qui te parle, j’ai une maitrise en philosophie, mais je suis vigile. Il n’y a qu’au Mali que tu vois ça. Et tu penses que ceux qui sont dans les hautes sphères ne le savent pas ? Que des milliers de jeunes sont en train de collecter des diplômes dans les facs dont la valeur s’arrête à la porte du marché de l’emploi ? Ils le savent ! Mais, j’ai lu ton bouquin Être étudiant au Mali, et tu as mis le doigt sur le vrai problème : nous les jeunes, nous sommes à ces gens, ce qu’étaient Goriot et Rastignac à Paris dans Le Père Goriot de Balzac, c’est-à-dire des êtres qui ne disent rien à personne. Personne. Ils ne font rien parce qu’ils savent que nous maintenir dans la misère est la seule façon de pouvoir nous tenir en laisse comme des chiens pour ensuite nous jeter des os pendant les élections.

J’ai vu les gens prendre 20000 francs

Quelqu’un qui fait des jours sans manger ou nourrir sa famille, pourquoi il ne prendrait pas de l’argent pour voter ? A Para Djicoroni, à un jet de pierre de la maison du président IBK, je n’en croyais pas mes yeux, les gens venaient les uns après les autres pour prendre 20000 francs pendant la campagne.

Mon ami est venu me voir, pour me convaincre d’aller aussi prendre, mais j’ai refusé. Cela pour te dire que les gens n’ont pas voté parce qu’ils aimaient IBK ou Soumaïla Cissé. Ils savent comme nous qu’on ne peut rien attendre de ces politiciens. Mais ils votent parce qu’ils sont pauvres comme Job, désemparés et aux abois. Parce qu’ils mangent aujourd’hui en se demandant d’où viendra le prochain repas.

Je vais te dire une dernière chose : au Mali, cela ne sert à rien de parler. Il faut seulement observer et se taire. Ce pays ne se construira jamais. »

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