Twittoscopie: colère et indignation après la mort de Sadou Yéhia
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Twittoscopie: colère et indignation après la mort de Sadou Yéhia

Au sein de la twittosphère malienne, la mort de Sadou Yéhia, après son apparition dans un reportage de France 24, a charrié colère et indignation. La ligne de défense de la chaîne de télévision ne contribue pas à arrondir les angles.

Il y a quelques semaines, Sadou Yéhia, éleveur et notable de Lellehoye, donnait un témoignage sur les rackets imposés par les groupes djihadistes aux populations dans un reportage de la chaîne française France24. Le reportage est diffusé le 13 janvier 2020. Depuis, tout allait bien. Jusqu’au 5 février où il est enlevé, puis ramené et exécuté devant sa famille.  Rapidement, des internautes maliens ont fait le lien entre sa mort et son témoignage dans le reportage de France 24.

Une défense mal ficelée

Ces accusations ont ouvert le débat sur la couverture médiatique de la guerre au Sahel en général. Les avis sont partagés quant à l’utilisation de l’anonymat et de la protection du témoin. D’un côté, les tenants de l’utilisation de l’anonymat en cas de risque sérieux sur la vie du témoin, et de l’autre ceux qui pensent que l’anonymat enlève de la crédibilité au travail du journaliste.

La direction de la chaîne a déclaré au site Arretsurimages.net dans un premier temps qu’elle écarte tout lien entre son reportage et l’assassinat, en arguant : «Compte tenu du contexte sécuritaire particulier de cette région du nord Mali, la question d’anonymisation des témoins ne se pose pas, tant l’imbrication des terroristes dans la population locale dont ils sont eux-mêmes issus, leur connaissance des faits et gestes de chacun, rendraient cette précaution artificielle».

Cette tentative de justification de la chaîne a apporté de l’eau au moulin de ceux qui, dans la twittosphère malienne, estiment qu’elle a « fauté » en ne protégeant pas un témoin dans un contexte aussi sensible que celui qui prévaut dans le nord du Mali. «C’est abject comme justification. Aujourd’hui, toutes ces personnes ont été obligées d’abandonner le village pour se réfugier ailleurs.», s’indigne un internaute.

Une pétition pour exiger des excuses

Une pétition «Exigeons des excuses publiques de France 24 pour la mort de Sadou Yehia « Banandi »» circule et a obtenu, à ce jour, plus de 1000 signatures en moins de deux jours.

Beaucoup d’internautes ont signé et partagé sur les réseaux sociaux pour mettre encore plus de pression sur la chaîne du groupe France Médias Monde. En plus de la pétition, le hashtag «#AssassinFrance24» était largement utilisé pour relayer les informations autour de la mort de Sadou Yéhia.

La direction de France24 est sortie de son silence à travers une déclaration publique sur son site internet pour donner sa version des faits. Elle refuse toujours d’«être désignée comme coupable», tout en se disant profondément atteinte par la mort de Sadou Yéhia. Ce n’est pas sûr que ce message arrive à arrondir les angles, car déjà certains internautes veulent aider la famille de Sadou Yéhia à porter plainte contre la chaîne pour réparation. Ce drame risque de mettre à mal le travail de terrain que les journalistes font déjà difficilement pour informer de ce qui se passe au Sahel.

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