Mame Diarra Diop, une plume au chevet du journalisme malien
« L’Algérie a demandé à intégrer l’AES » : aucune preuve ne permet d’étayer cette affirmation
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Une publication largement partagée sur différents réseaux sociaux affirme que l’Algérie aurait demandé à rejoindre l’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Aucune source officielle, algérienne ou sahélienne, n’évoque une telle demande.

« L’Algérie demande à intégrer l’AES. Donnez votre avis en commentaires » Ce message, publié sur plusieurs comptes Facebook et X, a suscité des centaines de commentaires sans qu’aucune date ni aucune source ne soit précisée pour étayer.

La rumeur a pris de l’ampleur avec une vidéo de plus de quinze minutes, publiée sur YouTube, intitulée « Urgent, l’Algérie rejoint l’AES ». Le narrateur y affirme, entre autres, que le premier ministre algérien aurait invité son homologue malien à Alger, qu’un projet de « voie ferrée transsaharienne » reliant l’Algérie au Mali et au Niger aurait été annoncé, et que l’Algérie pourrait devenir le « quatrième membre » de l’Alliance.

La vidéo prend soin, à un moment, de nuancer son propre titre : elle reconnaît qu’« aucune annonce officielle ne confirme l’adhésion de l’Algérie à l’AES » et qu’il serait « prématuré de présenter cette adhésion comme acquise ».

Un rapprochement diplomatique réel, mais rien de plus

Il existe bien un réchauffement récent entre Alger et Bamako, mais il reste circonscrit à la diplomatie bilatérale. Les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées en avril 2025, après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne, qui accusait Bamako d’avoir violé son espace aérien — une accusation rejetée par les autorités maliennes. En représailles, le Mali avait fermé son espace aérien à son voisin, avec lequel il partage plus de 1 300 kilomètres de frontière.

Le 10 juillet 2026, les deux gouvernements ont annoncé un ensemble de mesures d’apaisement : le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture de leurs espaces aériens. Interrogé par la DW Afrique, le sociologue Mohamed Amara y voit un intérêt partagé : pour Alger, ramener le Mali à la table diplomatique afin de « parer à toute éventualité de dégradation sécuritaire » ; pour Bamako, sécuriser sa frontière nord pour éviter qu’elle ne devienne, selon ses mots, une « passoire sécuritaire ».

Ce dialogue s’est poursuivi début août. Joliba FM a rapporté qu’un entretien téléphonique s’était tenu le dimanche 9 août 2026 entre le premier ministre malien, général Abdoulaye Maïga, et son homologue algérien Sifi Ghrieb, au cours duquel les deux responsables ont réaffirmé leurs « relations de fraternité et de bon voisinage ». Le chef du gouvernement algérien a, à cette occasion, invité son homologue malien à effectuer une visite de travail à Alger.

Le Niger a suivi une trajectoire comparable avec Alger : les deux pays ont annoncé en mars 2026 le renforcement de leur coopération sécuritaire et signé plusieurs accords économiques.

Aucune source officielle ne confirme une demande d’adhésion

Les recherches menées par BenbereVerif n’ont retrouvé aucun communiqué émanant de l’Algérie ou d’un pays membre de l’AES annonçant ou évoquant une demande d’adhésion algérienne. Aucun média professionnel algérien, sahélien ou international n’a non plus publié une telle information. Les organes de presse qui ont couvert le rapprochement s’en tiennent à la normalisation des relations bilatérales et ne mentionnent, à aucun moment, un projet d’adhésion à l’Alliance.

L’affirmation selon laquelle l’Algérie a demandé à intégrer l’Alliance des États du Sahel ne repose sur aucune preuve. Le rapprochement observé entre Alger, Bamako et Niamey relève d’une normalisation diplomatique bilatérale — retour des ambassadeurs, réouverture des espaces aériens, accords de coopération — et non d’une démarche d’adhésion à l’AES, qu’aucune source officielle ne confirme.

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