
Des internautes peu formés à l’usage du numérique, des acteurs malveillants à contrer, et la nécessité d’un espace digital plus sûr : tels sont les défis qui s’imposent aux organisations engagées pour une citoyenneté numérique responsable au Mali.
« Le seul moyen pour moi de confirmer la véracité d’une information, c’est lorsqu’elle provient d’une personne en qui je fais confiance ou si elle est publiée partout », confie Daouda, jeune diplômé de la Faculté des lettres de l’Universite Yambo Ouologuem de Bamako. Paradoxalement, il s’informe presque exclusivement à travers les réseaux sociaux.
Ousmane, diplômé en économie, se souvient pour sa part avoir relayé une image sortie de son contexte : « On y voyait des armes, des préservatifs et d’autres objets présentés comme appartenant à des terroristes. En réalité, l’image avait été prise en septembre 2023 sur la colline de Badalabougou. »
Comme eux, nombre de jeunes Maliens s’appuient majoritairement sur le numérique pour s’informer, sans toujours savoir distinguer le vrai du faux. La prolifération des réseaux sociaux a ouvert la porte à de nouveaux acteurs — informés ou non, bien intentionnés ou non — qui publient, commentent ou analysent l’actualité, parfois de manière trompeuse.
« Aujourd’hui, nous assistons à une production de l’information par des acteurs qui ne sont pas forcément faits pour ce travail et qui peuvent parfois être de mauvaise foi », alerte Aly Diabaté, journaliste et fact-checker. « Chaque citoyen doit savoir analyser et utiliser les médias, car la mutation numérique bouleverse à jamais le monde de l’information. »
Pour lui, le fact-checking est devenu indispensable : « Il permet de rétablir les faits et de limiter les dégâts. Je dis bien limiter, parce que le fact-checking arrive toujours après la désinformation. »
Miser sur l’éducation aux médias
La désinformation circule plus vite que la vérité. La vérification ne peut pas toucher tous les publics à temps, ce qui rend indispensable le développement de l’éducation aux médias. « L’éducation aux médias permet d’éveiller la conscience des citoyens face à une information », explique Fatoumata Kodjo, journaliste et fact-checkeuse. « L’objectif est que la population ne soit plus seulement consommatrice, mais apprenne à analyser les enjeux d’une information, qu’elle soit politique, sociale ou économique. »
C’est dans cette perspective que Komunitas, un réseau des blogueurs, a décidé de former des « VERIF-Acteurs » dans plusieurs localités du pays. Leur mission : « Former, sensibiliser et outiller les jeunes à faire du numérique un espace plus sûr, plus fiable et plus citoyen », rappelle l’organisation.
D’autres initiatives existent, comme celles de Search For Common Ground Mali avec ses « Cyber-gardiens », ou encore les nombreuses actions menées par des blogueurs et activistes engagés pour un espace numérique sain, promoteur de paix et de cohésion sociale.
«Le décryptage est la clé pour comprendre une information. C’est très important que les jeunes puissent déchiffrer eux-mêmes les informations afin que la désinformation ne puisse pas détruire leur perception des choses », insiste Boureima Soulo, journaliste et vice-président de l’Association des blogueurs du Mali (ABM). L’association vient d’achever une série de formations sur la gestion de la désinformation, le fact-checking et la citoyenneté numérique au profit de 120 jeunes à Bamako, Sikasso et Gao. « L’impact de ces formations est visible aujourd’hui sur l’espace numérique, surtout si l’on compare avec le début de la lutte contre les fake news », se réjouit-il, appelant à poursuivre sans relâche l’effort de sensibilisation.
Aly Diabaté souligne également l’importance de maintenir et d’actualiser ces formations : « Une formation en fact-checking de 2021 reste utile en 2025, mais elle doit être réajustée. Le monde numérique évolue à une vitesse fulgurante. »
Barrière linguistique et pédagogie
L’un des obstacles majeurs reste la langue. Beaucoup de jeunes ne maîtrisent pas suffisamment le français pour suivre des formations techniques. L’ABM dit en être consciente. « Nos sessions sont multilingues. Nous utilisons les langues nationales pour garantir la compréhension », rassure Boureima Soulo.
Il regrette cependant que certains auteurs de fake news refusent de participer à ces formations : « Ils déclinent toute invitation de formation contre la désinformation », regrette-t-il.
Face à ceux qui ont choisi délibérément d’être des vecteurs de la désinformation, il est indispensable de renforcer les efforts de formation, de sensibilisation et d’accompagnement. À l’heure où les technologies évoluent rapidement, la construction d’un espace numérique sain est un enjeu majeur pour une société apaisée.






