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A Tombouctou, la circoncision des enfants est une affaire de famille

A Tombouctou, la circoncision est une étape par laquelle tous les petits garçons songhaïs doivent passer  suivant des règles bien précises depuis des siècles. Le blogueur Youssouf Cissé nous en parle dans ce billet.

« Quand je devais envoyer mon premier garçon à cette initiation, j’ai réfléchi par deux fois. C’était mon unique enfant et nous étions très attachés. » Moussa Ouédrago est le père d’un jeune songhaï qui vient de se faire circoncir. Il était pourtant réticent au début.  C’est souvent très difficile de voir son enfant passer un long moment loin de soi. « Ce sont ses grands-parents de Tombouctou qui m’ont convaincu. Mais à sa sortie, j’étais très fier, il a appris à vivre avec les autres enfants et à se passer de de moi. Pour son habillement et la fête, ses tantes ont tout pris en charge. »

La cérémonie de circoncision est une grande fête chez les Songhaïs de Tombouctou, car elle marque la première étape de la maturité du jeune garçon. Dans la « cité des 333 saints », comme dans plusieurs autres sociétés, on ne circoncit jamais un enfant tout seul. Ils sont généralement nombreux. Plus d’une centaine même, des fois.

Deux mois avant la date arrêtée pour la circoncision, les parents des enfants en âge – environ 6 ans -, sont informés de leurs obligations et une liste est dressée. La fête de circoncision est celle des tantes (les sœurs, cousines et belles sœurs du père) de l’enfant. On se prépare et on informe ses camarades, qui se préparent à leur tour en attendant le jour de la circoncision.

Loin d’être un simple rituel, c’est une grande épreuve, une étape d’enseignements. Une fois le jour venu, c’est à l’oncle de l’enfant de l’amener sur les lieux de la circoncision en le portant sur son épaule, suivi des femmes, chantant et dansant au rythme du tam-tam et des battements de mains.

Apprendre à vivre avec les autres enfants

Arwata Sidibé, un jeune du quartier Sankoré, se souvient comme si c’était hier du jour où il fut conduit par son oncle pour être circoncis : « C’était le matin, après le petit déjeuner. Ma maman m’a fait prendre une douche, puis m’a servi de l’eau très fraîche d’un canari puis elle m’a longuement embrassé. Avec mon oncle, nous sommes allés à travers les ruelles tortueuses de la ville et voilà qu’on arrive dans une place avec beaucoup de gens. On entrait un à un mais personne ne sortait. » Il confie avoir eu peur, mais quand son tour est arrivé on lui masqua les yeux et « ce fut très rapide ».

« Le lieu de la retraite était bien, on était au centre de l’attention de tout le monde. Chaque soir, on chantait et un vieux nous racontait des contes avant qu’on aille dormir. », ajoute Aboubacar, son ami avec qui il a passé l’épreuve de la circoncision.

Pourtant, Mohamed Ag Alhousseïny, conseiller du chef de quartier de Hamabangou, pense que les choses ont beaucoup changé dans l’organisation de la cérémonie de circoncision. « Avant, la cérémonie était une occasion de retrouvaille entre famille, une façon de former des jeunes qui vivront une période de leur enfance et des expériences ensemble. Mais aujourd’hui, c’est devenu une affaire de riche. Si tu n’es pas nanti, mieux vaut circoncire ton enfant à la maison. Il y a beaucoup de dépenses et les gens se regardent pour agir ».

Une affaire de famille

L’enfant, une fois circoncis, reste sur place à l’internat avec ses autres camarades comme dans plusieurs communautés au Mali. Alors, commencent les visites et les préparatifs pour sa sortie, généralement au bout de deux semaines. Seuls les hommes ont le droit de lui rendre visite. On peut lui apporter des petits présents (des biscuits, des bonbons ou des gâteaux…), mais jamais de repas consistant comme un plat de riz par exemple. Sur place, l’enfant reçoit ses premiers enseignements. Il apprend des chansons de veillée en groupe, mais aussi à relever des défis : par exemple manger un plat chaud sans pour autant montrer que ça brûle.

L’essentiel du repas préparé sur place est fait à base de mil. La nuit, des chants d’initiation sont organisés autour du feu. Il faut souligner que chaque visite d’un parent est pimentée de pleurs et de larmes. Certains enfants demandent toujours à rentrer à la maison. Les plus solides se contentent juste de  demander les nouvelles de leur maman. Après les deux semaines de retraite et d’enseignement loin de la maison, l’enfant retourne enfin chez ses parents.

Le retour de l’enfant à la maison est suivi d’une grande cérémonie de réception. Coiffure, couture d’uniforme, réservation de tambour et de baffle pour un show, et surtout une grande cuisine. Chacun, selon son pouvoir d’achat, habille l’enfant et lui apporte des présents. Mais, la tenue de sortie (grand boubou, petit boubou, pantalon, botte et coiffure) lui est offerte par son père. La mère, à la maison, recevra les invités en grande pompe leur offrant à boire et à manger (crème glacée, jus de tamarin, de gingembre, riz au gras etc…). Les cris de joie et les sons de tambours s’entendent ce jour à travers toute la ville : car ce sont des enfants de tous les côtés qui rejoignent leurs familles.

A Tombouctou, tout comme le mariage, aucun évènement n’est une petite affaire.

 

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