#MaliSansVBG : ne pas oublier les travailleuses du sexe !
Crédit Photo : lindependant-mali.net
article comment count is: 0

#MaliSansVBG : ne pas oublier les travailleuses du sexe !

Pour l’enseignante et chercheuse Aïssata Ba, les travailleuses du sexe ne doivent pas être les parent pauvres de la lutte contre les violences basées sur le genre.

« Ne suis-je pas une femme ? ». Telle est la question que les travailleuses du sexe devraient poser si nous essayons de les ignorer ou exclure de la période des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.

Mais avant d’aller plus loin, il faut faire la part des choses : prostituées (terme plus utilisé) ou travailleuses du sexe ? Les gens ont toujours un regard bizarre quand ils entendent dire « travailleuses du sexe ». On a l’impression qu’ils se demandent : « C’est quoi ça ? ». C’est un terme utilisé par les mouvements défendant les droits des travailleurs du sexe. Ainsi, ce terme est utilisé par celles qui pensent que les travailleuses du sexe ont des droits et ne devraient pas être appelées autrement.

Fâcheuse tendance

Récemment, en expliquant a une cousine ce que mon master en études sur les femmes, le genre et la sexualité signifiait, puisqu’elle avait du mal à comprendre, je lui ai dit que je pourrais faire un travail de recherche sur la sexualité. J’ai notamment parlé de violence contre les travailleuses du sexe. Elle a retorqué : « Quelle violence, c’est leur choix et tu parles violence ? » C’est une personne instruite.

Je n’ai jamais essayé d’expliquer la partie « sexualité » dans l’intitulé de mon master à aucun de mes parents. Peut-être parce que je sous-estime leur compréhension. Parce que malheureusement on a cette fâcheuse tendance à sous-estimer les « moins instruits ». Par conséquent, même si ma mère est très intelligente et ouverte d’esprit malgré l’absence de toute forme d’éducation formelle, je ne lui ai pas dit que la sexualité faisait partie de mon domaine de travail.

Idées fausses

Revenons aux travailleuses du sexe. J’ai grandi en entendant des idées fausses qui reflétaient le mépris et le dégoût sur celles qui pratiquent cette activité. Mais, je m’en rends compte aujourd’hui, aucune des personnes qui ont émis ces idées n’avaient jamais discuté avec une travailleuse du sexe. Un de ces jugements voulait que, si l’on se rend dans une maison close, l’on brûlera en enfer. Ce que moi, enfant vivant dans la même rue qu’un bar, a traduit cela par : « Fuis quand tu en vois une et ne t’approche jamais de leur maison close ». Enfant, ai-je parlé à une travailleuse de sexe ? Je ne le saurai jamais ! Est-ce que je les ai détestées ? Pas du tout, par la peur de ne pas savoir ce que cela voulait dire. Ai-je porté des jugements ? Oui, parce qu’on m’a fait croire qu’elles sont sales et bonnes pour les feux de l’enfer.

Sociétés patriarcales

Cependant, ce que je n’ai jamais su, c’est ce qu’elles ont vécu ou les facteurs qui les ont poussées dans cette voie, encore moins les difficultés auxquelles elles sont confrontées. En fait, nous devons comprendre que les facteurs qui les ont conduites dans ce domaine sont enracinés dans nos sociétés patriarcales : le manque d’éducation, l’abandon scolaire faute de moyens. La migration dans les grandes villes est un autre facteur. Il s’agit souvent de nos sœurs qui, venues en ville chercher de l’argent pour leur futur mariage, ont tendance à se retrouver, contraintes ou par choix, à faire le travail du sexe pour générer davantage de revenus.

Il est important de rappeler que les facteurs de l’entrée dans le domaine du travail du sexe ne dépendent toujours pas de ceux cités plus haut.  Indépendamment de tous les facteurs sociaux, ce sont des femmes qui ont choisi le travail du sexe et, pour certaines, aiment ce qu’elles font. Nous devons donc veiller à ne pas victimiser, égaliser et généraliser l’expérience de ces femmes avec nos discours d’activistes sauveurs.

Cependant, il est primordial de noter que nos sœurs travailleuses du sexe subissent des violences dans l’exercice de leur métier et/ou vie de tous les jours. Les violences qu’elles subissent incluent souvent le viol, la marginalisation, le manque d’accès aux ressources et aux besoins essentiels tels que les établissements de santé. En effet, « au niveau des établissements de santé, les travailleuses du sexe sont stigmatisées, notamment en ce qui concerne les traitements irrespectueux et les propos désobligeants des prestataires de soins de santé. »

Autocritique

Si nous pensons que les travailleuses du sexe sont problématiques et représentent un danger pour nos communautés, la solution ne consiste pas à les violer. Nous devons plutôt nous concentrer sur des solutions pérennes, nous attaquer aux problèmes qui les ont renvoyées dans les « rues » et toujours faire l’autocritique. Plus important encore, dans notre plaidoyer et notre activisme contre la violence sexiste basée sur le genre, nous ne devons jamais oublier ni négliger d’inclure nos sœurs travailleuses du sexe. Ceci est important, car le même patriarcat qui a induit de nombreuses formes de VBG chez de nombreuses femmes est souvent le même qui les affectent.

Elles sont aussi concernées par les droits humains. De plus, nous devons nous rappeler que ce sont aussi des femmes qui ont souffert, souffrent, des nombreuses formes de VBG que notre plaidoyer de 16 jours tente d’éliminer. Si nous ne plaidons pas leurs causes, nous reproduisons les mêmes discriminations, inégalités et injustices que nous prétendons combattre. Les travailleuses du sexe doivent être impliquées et leurs préoccupations prises en compte dans la lutte contre toutes formes de violences et d’oppressions.

Partagez-nous votre opinion