#MaliSansVBG : La société doit entendre les VBG contre les hommes
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#MaliSansVBG : La société doit entendre les VBG contre les hommes

Pour l’enseignante et chercheuse Aïssata Ba, les VBG contre les hommes devraient être combattues. Cela ne devrait pas nous conduire dans une compétition effrénée pour prouver qui souffre le plus.

Il est regrettable de constater qu’après des années de plaidoyer et la signature de nombreuses conventions et chartes, telles que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), nous demandions toujours : « qu’en est-il des hommes ? », lorsqu’il est question de violences sexistes ou de violences à l’égard des femmes dans des contextes formels et informels. Plus que tout, cette question illustre que nous avons encore beaucoup à faire en matière d’égalité et de lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Elle souligne aussi un profond malaise avec tout ce qui a trait au mot « genre ». En fait, la seule évocation de ce mot entraîne des répliques, qui pleuvent et fusent de partout à propos des hommes et leurs droits. Cela veut dire que dans notre société, nous avons tendance à égaliser et à considérer le genre comme synonyme de « femme ». Ainsi, quand on dit « genre », la seule image en tête est une femme, toutes les autres identités de genre sont ensuite balayées. Dès lors, on se bat pour prouver qui a le plus souffert et pourquoi l’égalité des sexes est un combat inutile.

Prévenir et combattre

Il est donc bon ton de rappeler à tout le monde, en particulier aux lecteurs qui pourraient être amenés à poser cette question, qu’il existe en réalité une violence basée sur le genre contre les hommes et qu’il faut la prévenir et la combattre autant que celle à l’égard des femmes.

En effet, beaucoup d’hommes souffrent de violence basée sur le genre. Il n’est pas nécessaire d’argumenter de manière excessive pour prouver cela. Rappelons aux lecteurs que les hommes souffrent de viol, d’agression/abus sexuelle dans l’enfance, de violence entre partenaires intimes et de nombreuses autres formes de violence, y compris en temps de guerre. Ou encore lorsque les hommes sont visés en raison de leur identité de genre par la castration, l’amputation, la flagellation et de nombreux autres actes de violence lors des conflits ou en temps de paix.

Effets psychologiques néfastes

On ne parle pas de ces violences et on les sous-estime souvent parce que nos sociétés sont engluées dans le concept toxique de masculinité, selon lequel les hommes devraient être forts et ne jamais être suffisamment « faibles » pour montrer leurs émotions ou parler d’abus, soit d’un membre de la famille, de leader de la communauté ou même d’une partenaire. Pourtant, ces abus ont des effets psychologiques néfastes et peuvent affecter la vie des survivants, qui se sentent souvent moins « masculins » dans des sociétés qui vantent le concept et l’idée de la virilité/masculinité comme être acteur et non victime de violence.

Néanmoins, si nous voulons défendre et mettre un terme à ces violences, nous devons être prêts à nous débarrasser de ces concepts et croyances de ce qu’un homme devrait ou ne devrait pas être. Que les sociétés soient prêtes à entendre les VBG commises contre les hommes, que nous soyons suffisamment ouverts pour ne pas juger les hommes survivant de VBG !

Cela est important car si celles et ceux qui choisissent de se battre contre les VBG contre les femmes sont attaqué(e)s à cause de leur combat, nous deviendrons des sociétés qui pensent et continueront à croire que les violences à l’égard des femmes ne doivent pas être primordiales, ni être une priorité dans notre combat contre l’injustice et l’inégalité dans nos sociétés patriarcales.

Donc, notre envie de justifier ou prouver les VBG contre les hommes ne devrait pas nous éloigner ni nous détourner de notre plaidoyer contre la violence à l’égard des femmes. Non pas parce que les VBG contre les hommes ne sont ni importantes ni urgentes, mais parce que, comme on dit toujours, la VBG contre les femmes est plus répandue, plus omniprésente, plus incrustée et plus ancrée dans nos sociétés.

Solutions pérennes

En effet, quand vous regardez nos structures sociales et nos statistiques, nous voyons que la plupart des VBG sont dirigées vers les femmes de la première semaine de leur vie jusqu’à la fin de leur vie. Elles subissent une série de violences : mutilation, mariage forcé à un âge précoce, surveillance de la façon de s’habiller, contrainte de rester dans une relation violente et discrimination sous de nombreux aspects sociaux. Oui, les hommes aussi peuvent souffrir et souffrent de VBG. Mais, encore une fois, les chiffres sont encore plus alarmants quand on considère les femmes et nos structures sociales les vulnérabilisent plus.

Nous devons plutôt chercher à trouver un moyen durable, plus utile et plus percutant de lutter contre la violence, peu importe où et vers qui elle est dirigée. Ceci est important, car nous ne pouvons pas construire des communautés basées sur la justice sociale si nous nous concentrons sur ceux et celles qui souffrent le plus de la VBG ou qui n’en souffrent pas et non sur des solutions pérennes. Ce faisant, nous devons être très attentifs aux paramètres qui rendent un individu plus vulnérable dans nos sociétés patriarcales et souvent misogynes.

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