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Lamine Diabaté, pianiste et non-voyant

Le premier Prix Boukary Konaté, du nom du premier président de la Communauté des blogueurs du Mali (Doniblog), a été remis, jeudi 27 décembre 2018, aux trois lauréats parmi les sept participants figurant dans la « short list » dégagée par la commission d’organisation. Nous publions l’article des trois lauréats. Moussa Malé Sissoko, jeune journaliste arrivé premier au concours, nous invite à la découverte de lamine Diabaté, pianiste non voyant.

A la fleur de l’âge, Lamine Diabaté est un pianiste habile et pétri de talent. Aveugle de naissance, il  a surmonté les préjugés pour se faire une place dans le domaine de la  musique au Mali. Etudiant à l’Institut national des arts (INA), il joue pour l’orchestre Si bémol majeur. Découverte !

Au Mali, comme dans bien des pays du monde, le handicap est mal perçu dans la société. Les personnes vivant avec un handicap sont souvent victimes de marginalisation et de préjugés de façon à entraver leur épanouissement.

Souffrant de cette perception et faute de soutien ou de réconfort moral, beaucoup  de personnes en situation de handicap s’adonnent ainsi à la mendicité pour gagner leur pain. D’autres préfèrent plutôt exercer des activités génératrices de revenus pour  vivre dignement. C’est le cas de Lamine Diabaté alias « Kaladjula », qui a choisi, comme beaucoup de ses semblables, de vivre de sa passion : la musique. Pianiste et étudiant de son état, il est membre de l’orchestre « Si bémol majeur».

Famille de griots

Lamine est issu d’une famille de griots, mais il n’a pas hérité la musique de ses parents, car ces derniers n’évoluent pas dans ce domaine. Aveugle de naissance, il a forcé le destin pour se faire une place au soleil. Agé de 26 ans, le jeune Diabaté est atteint pas le virus de la musique depuis l’enfance, conformément à un principe selon lequel celui qui veut vivre de son talent ne doit rien entreprendre au hasard.6

Avec le soutien de ses parents, Kaladjula intégre en 2004 l’Institut des jeunes aveugles du Mali (IJA), une structure qui reçoit et éduque les jeunes handicapés visuels. Là-bas,  il apprend à jouer plusieurs instruments musicaux. Mais, c’est sur le piano qu’il jette son dévolu et qui deviendra par la suite son instrument fétiche.

« C’est en 2009 que j’ai commencé à jouer le piano sous la houlette de feu Professeur Dabo. Ensuite, j’ai fini par intégrer l’orchestre de l’IJA en tant que pianiste. Dans ce groupe, nous avons animé plusieurs manifestations », se rappelle-t-il.

Introduction en Si bémol majeur

Toujours dans le but de renforcer ses capacités, il fait son entrée à l’Institut national des arts (INA) par concours. « En octobre 2017, j’ai été admis au concours d’entrée à l’Institut national des arts (INA), section musique. A travers Mamadou Mody Sacko, je suis devenu le pianiste de l’orchestre Si bémol majeur », se souvient le jeune pianiste.

Son intégration dans  cette équipe, raconte-il, l’a sincèrement réconforté mentalement au regard de la perception de biens de gens sur les aveugles. « Depuis que je suis venu à Si bémol majeur, je n’ai pas eu de problèmes avec les autres. Ils me traitent bien et ne font pas de différence entre nous. Nous sommes comme une famille », confie Lamine Diabaté.

Très généralement, indique Pr Mamadou Mody Sacko, dit « Kempes », les gens n’accordent pas la chance aux non-voyants, sous prétexte que le fait de travailler avec eux cause beaucoup de difficultés.  « J’ai décidé de l’aider afin qu’il vive de son art », raconte-t-il.

Courage, talent … et amour parental

« Il a rejoint l’orchestre en février 2018 et il s’y est imposé de par son courage et son talent, poursuit Kempes, Professeur de musique et chef de l’orchestre de Si bémol majeur. Lamine est extrêmement intelligent. Il aime bien ce qu’il fait et possède une maîtrise conséquente de son instrument. Il est vraiment à surveiller de très près. Je demeure convaincu qu’à l’avenir, nous allons beaucoup entendre parler de ce jeune non-voyant talentueux. »

Lamine vit de son travail. « Aujourd’hui, grâce à la musique, je parviens à subvenir à mes besoins. Je ne tends pas la main  à quelqu’un », se félicite-t-il. Cependant, le pianiste déplore l’attitude de certains parents vis-à-vis de leur enfant vivant avec un handicap.

« Je constate que beaucoup de non-voyants souffrent  du manque d’amour et d’affection parental. La plupart des aveugles sont mal entretenus par leurs parents et marginalisés par la société.  Cela peut freiner leur épanouissement et leur prise d’initiative. Or, si un aveugle est couvert d’amour depuis l’enfance, il grandira en oubliant son handicap. Il faudrait que les parents tiennent compte de cet aspect », remarque-t-il.

De son côté, le chef d’orchestre invite les non-voyants à ne jamais baisser les bras et à marcher sur les traces de Lamine Diabaté. « J’invite l’ensemble des non-voyants à prendre Lamine comme exemple, insiste Kempes. Qu’ils se disent que le handicap n’est pas physique mais mental. Ils ne doivent pas se sous-estimer. Quand Dieu vous enlève une faculté, il vous la rajoute quelque part. »

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