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Le Général ne vit pas d’amour : périple d’un jeune étudiant malien au Togo

Le blogueur et activiste togolais David Kpelly vient de publier son tout dernier recueil de nouvelles. Paru en juillet dernier chez La Sahélienne, le Général ne vit pas d’amour couronne un long parcours militant, un clin d’œil au Mali, pays d’«adoption» de l’auteur.

Derrière ce titre ironique se dresse une fresque du Togo contemporain, en proie aux violences politiques, rivalités ethniques et conditions socioéconomiques particulièrement féroces. Mais surtout, dans ce recueil de nouvelles se succèdent des histoires d’amours qui finissent dans le tragique.

L’auteur fait également un clin d’œil au Mali, où il vit en exil depuis une dizaine d’années, à travers le périple de Salif Keïta (rien à voir avec le chevalier blanc de la musique malienne, Salif Keïta), un jeune malien parti étudier le droit au Togo, et qui rentre au bercail dans une chaise roulante, paralysé à cause d’une relation amoureuse avec Axoéfa, la « femme » d’Agnigbato, un redoutable féticheur, qui envoûta, puis séquestra la jeune femme dans un sanctuaire jusqu’à sa mort.

La décennie 90, cœur de la trame du recueil, est marquée par l’euphorie démocratique et les sanglantes répressions. Ces « années cadavres », où « une mère pouvait se réveiller avec ses enfants et se retrouver seule le soir, toute sa progéniture assassinée (…) un jeune homme pouvait sortir en bonne santé et se retrouver quelques minutes après paralytique, agonisant dans un coin de rue, mutilé pour le plaisir de quelques miliciens…»

Étudiants, intellectuels et modestes citoyens sont réprimés avec la même haine et soif de sang, au nom du maintien au pouvoir du père de la Nation, ensuite de son fils, intronisé après son décès.

Être faux ou mort

Au fil des six nouvelles, qui composent le recueil, l’écrivain-blogueur et activiste des droits humains dénonce les violences politiques qui sont légion dans ce « lopin de terre » d’Afrique de l’Ouest depuis plus d’un demi-siècle. Mais, aussi il décrit-il un pays sous développé, à l’image de beaucoup d’États du continent, où l’absence de services sociaux élémentaires, le manque de perspectives poussent les jeunes sur le chemin du départ pour aller «trimer» ailleurs.

Pour le cas du Togo, le diagnostic de l’auteur est on ne plus fataliste : «Il n’y a que deux moyens possibles pour rester dans ce pays : être faux ou être mort ».

Malgré ce tableau peu reluisant que le jeune écrivain donne à voir sur le Togo, il rassure ses lecteurs : « Je ne tire aucun plaisir à peindre mon pays en noir », confie-t-il quand nous l’avons rencontré à son bureau. Ce qu’il relate, clame-t-il, est inspiré de « faits réels ».Qu’il s’agisse de l’histoire de ce frère éborgné à la suite d’une manifestation d’étudiants réprimée, celle d’un sous-lieutenant qui s’en prend à mort à un jeune agronome pour s’être marié à une cousine qu’il rêvait d’épouser, ou encore celle de nombreux désespérés qui cherchent le salut à travers la commercialisation de l’Évangile. « Je vais contribuer au changement de mon pays », se justifie le nouvelliste.

Miser sur l’alternance

Même si David Kpelly se défend d’avoir produit une œuvre autobiographique, les similitudes de parcours avec certains personnages du livre sont édifiantes. Comme Yao, le personnage central de la nouvelle éponyme de l’ouvrage, David Kpelly vit en exil au Mali depuis une décennie, « pour éviter de compter les morts, les handicapés, les malades mentaux et les désespérés que fabrique chaque jour ce pays [le Togo] ».

En dépit des promesses déçues de la démocratie, l’activiste garde une once d’espoir de pouvoir retourner un jour au Togo et contribuer au développement de son pays. Il mise sur une « alternance » du pouvoir, régenté par une seule famille, un seul clan depuis le coup de force qui a suivi l’indépendance.

Salif Keïta, lui ne veut plus entendre parler de ce pays qui l’a rendu « malheureux toute sa vie ». Aveuglé par la haine, à la seule évocation du Togo, il congédie manu militari, Apedo, le fruit de son idylle togolaise, venu au Mali à la recherche de son père.

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