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Les victimes de viol vivent l’enfer en silence

Le phénomène du viol souille l’honneur et le nom des filles victimes. Ces filles, qui n’ont pourtant rien fait, sont mal perçues dans la société comme si elles étaient coupables de quelque chose,  écrit Rokiatou Diakaby.

Au Mali, la question du viol reste peu abordée. Pourtant, elles sont nombreuses les conséquences liées à ce fléau. En plus des séquelles physiques, le traumatisme psychologique ne quitte jamais la file violée. La vie devient un véritable calvaire pour elle.

Obligées d’entendre et d’accepter tout ce qu’on dit d’elles, ces filles sont parfois perçues comme des filles de rue ou des filles faciles. D’autres vont plus loin en les accusant d’attirer les hommes vers elles. Les plus radicaux ne cherchent même pas à comprendre les circonstances dans lesquelles le viol s’est passé. Par exemple, en 2017, lorsque des informations ont fait état de cas de viol au Parc national de Bamako sur des petites filles qui ont entre 12 et 16 ans par des garçons entre 15 et 18 ans, des « idiots utiles » se sont pressés de dire sur les réseaux sociaux, surtout Facebook, que ces filles avaient une apparence provocatrice.

Plaintes sans suite

Selon une étude menée en 2017 par l’antenne malienne du réseau Women in Law Development in Africa, citée par Le Monde, environ 300 femmes sont violées chaque année au Mali. La présidente de l’ONG, Bouaré Bintou Founè Samaké, estime que le phénomène a connu un pic en 2012, notamment pendant l’occupation des régions du nord du pays, par une mosaïque de groupes « djihadistes » et rebelles armés qui se sont rendus coupables de viol contre des femmes et des jeunes filles. Encore plus important, les plaintes d’une centaine de ces femmes déposées devant le tribunal de grande instance de la commune III, lit-on dans le même article, restent toujours sans suite.

Les femmes victimes de viol sont souvent les sujets de débats dans leur entourage. Certaines d’entre elles se cachent. D’autres fuient le regard des autres. Comme Mariam, beaucoup de filles souffrent en silence, parce que le sujet est tabou. Son père a préféré se débarrasser d’elle.

« J’ai été violée lorsque j’avais 12 ans dans notre village lors d’une soirée, et depuis je ne suis plus comme avant. D’abord ça a été difficile pour mes parents de l’accepter. Mon père ne cessait de me dire qu’il ne pourra plus relever sa tête dans le village. Pour se débarrasser de moi,  il m’a donné en mariage, sans  paiement de dot à son ami. Ce dernier, à son tour, m’a donné à son premier fils », raconte-t-elle.

Cinq à vingt ans de prison

La plupart de ces filles ne redeviennent plus comme avant. Celles qui parviennent à reprendre peu à peu les choses en main évitent aussi d’en parler. Dans les familles conservatrices, ces filles sont souvent mises de côté en cas de proposition de mariage. Leurs parents ont tendance à privilégier les autres filles de la famille.

Une fois mariée, certaines filles violées poussent  un cri de soulagement. Mais c’est un véritable enfer qui commence pour d’autres. Dans leur nouvelle vie, le passé revient toujours. A la moindre dispute, on leur jette à la figure ce qu’elles ont subi.

« Ma camarade souffre doublement depuis son mariage. Chaque fois qu’ il y a une dispute entre elle et son mari, ce dernier lui rappelle son passé. Or, il doit être celui qui l’aide à oublier son passé. Malheureusement, c’est lui qui enfonce le clou », regrette A.C, une amie d’une fille violée.

Au Mali, plusieurs associations peuvent aider les femmes violées à surmonter cette dure épreuve. Mais beaucoup de filles préfèrent garder le silence pour éviter la honte. Elles pensent qu’elles seront toujours indexées comme fautives. Alors que la loi malienne punit le viol de cinq à vingt ans de prison.

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