Les réseaux sociaux, désormais au cœur des pratiques numériques des jeunes, sont devenus un outil essentiel pour combattre les violences basées sur le genre (VBG). Entre libération de la parole, mobilisation citoyenne et risques numériques, ils offrent de nouvelles opportunités, à condition d’apprendre à les utiliser de manière responsable.
Pour les 16 jours d’activisme 2024-2025, le Mali a choisi un thème clair : « L’utilisation responsable des réseaux sociaux, gage de protection, de promotion et de préservation des valeurs culturelles des femmes et des filles au Mali ».
Ce choix s’inscrit dans la continuité du thème mondial « Tous UNiS pour mettre fin à la violence numérique contre les femmes et les filles ». Cette convergence illustre l’évolution des stratégies de lutte contre les violences basées sur le genre, intégrant désormais pleinement le numérique comme levier de protection et de sensibilisation.
Un exutoire
Dans ce contexte, psychologues, acteurs du numérique et organisations engagées dans la lutte contre les VBG s’accordent : les plateformes sont devenues un levier de protection, mais aussi un terrain de dangers – ce qui impose une véritable éducation aux médias.
Le mouvement #MeToo a prouvé qu’un simple hashtag pouvait renverser des silences installés depuis longtemps. Au Mali, même si la parole reste encore prudente, de plus en plus de femmes s’expriment.
Pour Fatoumata Naba Samaké, experte en santé sexuelle et reproductive, les réseaux sociaux offrent un premier espace où les victimes s’expriment. « Beaucoup de survivantes s’expriment sur les réseaux sociaux, soit dans des commentaires, soit en messages privés à d’autres femmes. Cette parole permet déjà de libérer un poids, de prendre conscience de leur situation, et parfois de trouver le courage de demander de l’aide », témoigne-t-elle.
La psychologue Fanta Cissé abonde dans le même sens : « L’anonymat et la rapidité encouragent la prise de parole. Le soutien virtuel réduit l’isolement et la honte. Mais il ne remplace pas un accompagnement réel et professionnel. »
Passerelles
Au-delà de la parole, les réseaux sociaux permettent de mobiliser rapidement : hashtags, groupes WhatsApp, pétitions, alertes citoyennes… Éryen Togo, spécialiste médias à Search For Common Ground Mali, résume cet impact :« Les réseaux sociaux donnent une visibilité nouvelle à des histoires qui seraient restées silencieuses. Ils servent d’outil d’archives et facilitent la mobilisation collective. »
Un post signalant un danger, une situation de violence peut parfois obtenir en quelques heures ce que des démarches classiques n’auraient jamais permis, suscitant à la fois indignation et réponse rapide.
Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle crucial dans la documentation des violences, souvent déterminante pour saisir la justice. « Sans les réseaux sociaux, certains dossiers n’auraient jamais atteint la justice », confirme Éryen Togo.
Cette fonction d’archivage devrait pousser chaque utilisateur à être vigilant : vérifier les informations, éviter la diffamation, protéger l’identité des victimes. Des réflexes essentiels pour tout jeune Malien utilisant un smartphone. Mais l’espace des réseaux sociaux reste dangereux. Cyberharcèlement, chantage numérique, diffusion d’images intimes sont les formes de violences qui se multiplient.
Un expert du numérique, souhaitant garder l’anonymat, témoigne : « Les dangers majeurs pour les femmes sont le cyberharcèlement et la diffusion d’images pornographiques. La répression et l’éducation numérique sont essentielles. »
Fanta Cissé rappelle que l’exposition publique peut aggraver les traumatismes d’où l’importance de ne jamais publier un témoignage sans consentement et de privilégier les dispositifs d’accompagnement.
Pour rendre le numérique réellement protecteur, Cissé propose des actions concrètes : « Il est crucial de renforcer la prise en charge des victimes de VBG au Mali en déployant des équipes de psychologues et d’assistants sociaux formés, accessibles en ligne et reliés aux structures de suivi, en créant une plateforme nationale de signalement et d’assistance offrant un accompagnement juridique, médical et psychologique, et en promouvant l’éducation numérique et la sensibilisation dès l’école. »
Fatoumata Naba Samaké rappelle enfin que les réseaux sociaux doivent être des passerelles, non des substituts. Un lieu de première expression, mais qui doit mener à un accompagnement réel.
