
Un document présenté comme un communiqué du parquet général près la cour d’appel de Bamako circule massivement sur WhatsApp. Le texte annonce l’ouverture d’enquêtes préliminaires contre plusieurs imams et prédicateurs pour leur rôle supposé dans les violences du 25 avril 2026. Mais plusieurs incohérences juridiques et administratives montrent qu’il s’agit d’un faux document.
Le document, daté du 21 mai 2026 et signé au nom du procureur général près la cour d’appel de Bamako, évoque une « ouverture immédiate d’enquêtes préliminaires contre des imams et prédicateurs suite aux événements violents du 25 avril 2026 ». Adressé aux « Procureurs de la République près les Tribunaux de Première Instance de Bamako, Kati, Mopti, Gao, Kidal et autres juridictions concernées », le texte demande l’ouverture d’enquêtes contre quatre personnalités religieuses : le prêcheur Cheick Soufi Bilal Diallo, les imams Mahi Ouattara, Abdoulaye Koïta et Bouye Bah.
Le communiqué accuse ces religieux d’avoir joué un rôle dans « l’incitation directe ou indirecte à la haine, à la violence et aux troubles à l’ordre public », après les attaques du 25 avril 2026. Il demande également aux procureurs de mener « toutes les investigations nécessaires », notamment des auditions, perquisitions et analyses de prêches et de publications sur les réseaux sociaux.

Des erreurs dans le document
À la lecture du texte, plusieurs incohérences apparaissent. La première concerne l’identité d’un des religieux cités. Le nom « Imam Wahi Ouattara » ne correspond à aucune personnalité religieuse connue au Mali. En revanche, l’imam Mohamed Mahi Ouattara est une figure régulièrement relayée sur les réseaux sociaux pour ses prêches. Mais les principales incohérences sont d’ordre juridique et administratif.
Contacté par BenbereVerif, Sékou Sissoko, docteur en droit privé, estime que le document ne peut pas provenir d’un professionnel de la justice. « C’est un faux communiqué. Il y a plusieurs indices. D’abord, les tribunaux de première instance ont été remplacés au Mali depuis la loi de 2011 par les tribunaux de grande instance et les tribunaux d’instance », explique-t-il.
L’universitaire relève aussi une erreur plus importante concernant l’organisation judiciaire. « Le procureur général de la cour d’appel de Bamako ne peut pas donner des instructions à un procureur de la République de la région de Mopti. Les procureurs de Mopti relèvent de l’autorité du procureur général de la Cour d’appel de Mopti. C’est une erreur technique qu’un professionnel ne commettrait pas », poursuit-il.
Un faux document dans un climat de tension
La circulation de ce faux communiqué intervient dans un contexte particulièrement sensible au Mali. Depuis les attaques coordonnées menées le 25 avril 2026 dans plusieurs villes du pays, plusieurs personnalités politiques, civiles et militaires ont été arrêtées. Parmi elles, figure notamment l’avocat et homme politique Mountaga Tall, conseil de plusieurs personnes qui sont en prison.
À ce jour, aucun imam ou prédicateur connu n’a été officiellement arrêté dans le cadre des enquêtes liées aux évènements du 25 avril. Deux des noms mentionnés dans le faux communiqué — les imams Mahi Ouattara et Abdoulaye Koïta — avaient toutefois déjà été convoqués fin décembre 2024 par le Pôle spécialisé de lutte contre la cybercriminalité à Bamako. Cette audition faisait suite à une polémique provoquée par certains de leurs prêches sur la célébration des fêtes chrétiennes.
Les 30 et 31 décembre 2024, une foule importante de partisans s’était rassemblée devant les locaux du Pôle pour leur apporter son soutien. Après leur audition par le procureur Adama Coulibaly, les deux imams avaient été autorisés à regagner leur domicile.






